THE RIGHT TO WRITE

PURE SELF

 

 

« Il y a un principe de folie dans l’écriture, dans cet inlassable monologue d’une voix éprise d’elle-même, suffisante. Si un tel arrangement des mots est parfois secourable, c’est sans doute parce que notre coeur s’y retrouve tel qu’il est dans son fond »
– Christian Bobin

 

Ecrire, c’est vivre deux fois…
La 2è fois, c’est la vie par le filtre de la conscience, car la vie la plus heureuse est celle dans laquelle on a le plus souffert. Celle qui conduit à l’acceptation enfin, du peu de maturité dont nous disposons sur les événements. La confiance, c’est la texture même du monde : ne jamais désespérer de trouver et cultiver cette capacité enfantine d’aller vers ce que l’on ne connaît pas, comme si l’on y reconnaissait l’avant-garde du printemps. Ecrire, c’est écouter, observer. Il faut s’être tu un long moment, pour ramener à soi l’expérience du temps sensible, la souveraineté du vide.
L’écriture nous plonge dans un songe intérieur où la page blanche devient une complice nécessaire. On ne sait jamais à l’avance ce que la phrase va nous apprendre de nous et du monde. Vivre sa vie en écriture c’est atteindre une clarté dont aucun corps ne limite l’espace. « Je ne pense pas que la vie soit une phrase qui se termine sur un butoir de silence » – Christian Bobin.
Tout vrai écrivain est public. Il ne fait que transmettre quelque chose qui le dépasse, qui vient d’ailleurs, de loin, il a les instruments qu’il faut. C’est comme un petit métier de facteur, il fait passer des lettres avec la politesse d’un regard poétique sur le quotidien. Ecrire est une activité artisanale et de service, un travail sédentaire qui ne trouve son salut que dans l’isolement. Une sorte de besogne quotidienne qui obéit à des règles et rituels strictes. Guy Debord disait ceci : « Pour savoir écrire, il faut avoir lu, et pour savoir lire, il faut savoir vivre ». Ecrire est aussi une activité grave car cela revient à essayer de nommer le plus fragile, avoir le courage de sa complexité. Ecrire ne procède pas d’un projet, mais d’une nécessité et pour celui qui la pratique, mieux vaut ne pas se prendre au sérieux. Alors seulement, le temps se dissout et le voyage se poursuit à l’intérieur, à l’écoute d’une voix immatérielle.

 

Ecrire, c’est rouvrir quelque chose…

L’écriture s’impose comme un remède à l’oubli et à la confusion des sentiments et nous pousse à mettre des mots sur le monde, pour le rendre intelligible et pour que tous ces trésors de contemplation ne s’évanouissent pas dans les limbes de l’esprit oublieux. Et pourtant, tout ce que l’on écrit n’est que paille à côté de l’absolu de la contemplation. Des mots qui jaillissent du silence… Car dans le fond, c’est l’intuition et les mots qui s’enflamment et se reconnaissent, un peu comme si l’on ramassait ce qui tombe de la poche de Dieu : la densité et la mise à l’épreuve de l’expérience humaine.
Ecrire c’est aussi avoir un regard d’enfance sur les choses, les gens et les savoirs. Le familier est tissé d’éternel et assemble pour nous des briques de vérités arrangées, dérobées dans la cave de notre mémoire. Quelque chose qui remet de l’ordre sous le lit de l’enfance oubliée sans y soustraire un gramme de fantaisie, et réunit au passage les absents autour de la table. Ecrire, un labeur qui libère et transforme la plainte en mélodie. Aujourd’hui, réécris hier. « Le passé est imprévisible », comme le disait Jean Grosjean. La vie n’est jamais faite, jamais décidée d’avance.

 

Documentaire sur l’écrivain John Irving
(Parties 2, 3 & 4, disponibles sur You tube)

C’est dans les désirs non reconnus et non satisfaits que naît la créativité : la vérité doit être explosive. « Ecrire, c’est dessiner une porte sur un mur infranchissable, et puis l’ouvrir (…) un poème qui fleurit au-dessus de la mort » – Christian Bobin. Un voyage vertical mais immobile à travers nos époques intimes, mue par une force exigeante mais au combien simplificatrice. . Notre identité narrative, qui nous constitue, est souvent différente de la réalité historique, et les deux ne sont pas toujours juxtaposables. Le déni est-il protecteur ? Si le passé est une histoire que l’on se raconte, il faut se souvenir du traumatisme, mais ne pas s’y soumettre. Le refoulement étant un prix humain exorbitant. Dès lors, on est contraint à l’arrangement des souvenirs de façon à donner une cohérence à ce qui nous est arrivé.
Enfin, l’imagination et le souvenir sont alimentés par le même circuit de mémoire. Lorsque l’on écrit un roman on ne part pas de rien, et le héro que l’on choisis n’est qu’un délégué narcissique. Il ne peut pas y avoir de fiction qui ne désigne pas le réel. Le cheminement de l’écriture revient alors à l’envol de la création et colporte avec lui un pouvoir de rédemption…

« Ecrire, c’est être avec toi, dans un espace de liberté absolue » 

 

Art-icle expiré par Barbara pour Moodsto©k