ITINERAIRE D’UN OPTIMISTE – STEPHAN EICHER

MUSIQUE

 

Avec cet 11è opus, Stéphan Eicher plane loin au dessus du lot…Il tient fermement la barre et on se laisse volontiers embarquer tant ses accords humanistes sonnent justes. L’expression est posée, l’accent élégant, il nous prend par la main et on s’échappe. Court, direct, politique parfois, le nomade chic ouvre généreusement son carnet de route pour une envolée complice. Ambiance de western moderne, guitare et cuivre, ce disque réfléchi est conçu comme un antidote. Ses mélodies lumineuses et attachantes colportent de véritables bijoux d’émotions qui nous permettent de voyager de l’introspection énervée à la générosité de la colère juste et aux refrains miroirs de nous-même. Parfois, un moment artistique peut ouvrir une parenthèse, apporter un second souffle, annoncer une embellie… Eblouissant dès la première écoute, on se le remet en boucle. On y parle aussi beaucoup de femmes : difficile de s’en détacher.

 L'envolee cover

 

Calme, centré, mais en alerte
« Je n’aime pas le mot crise, celle du disque, comme celle du monde ». Le désarroi actuel n’est pas complètement étranger à l’Envolée. Cinq ans se sont écoulés depuis « Eldrorado ». Cinq années pendant lesquelles il dit avoir vu la crise financière s’aggraver au point de définir entièrement le fonctionnement de notre société. Témoin impuissant, moralité : L’Eldorado n’existe pas. « Peu après l’Eldorado, la crise des subprimes est arrivée et tout s’est effondré. Je me suis dit que je ne sortirais pas d’album tant que je n’aurais pas de réponse. Je l’ai intellectualisé en amont ; j’ai tout construit dans ma tête, avec une liste de choses à faire et à ne pas faire. Et quand j’ai vraiment eu faim d’un album, je suis allé le cuisiner. Je voulais dire des choses, apporter des réponses et non pas seulement exprimer mes sentiments, mais nommer ce merdier ». Rien de frontal dans les mots, juste une réflexion matûrée sur des « kilos d’emmerdements » qui rythment la vie et une occasion inédite de prendre un peu de recul et de hauteur.

« Je veux mettre les gens en alerte ! Allumer leurs antennes. L’objectif étant qu’à l’écoute de ce disque les gens se sentent plus calmes, plus centrés, mais en alerte. J’ai de la chance d’être un artiste ; mon mal j’en fais des chansons. Je suscite l’échange. En somme, je ne fais pas de mal avec le mal ». Avec le langage et la langue comme instruments, ce polyglotte effarouché  révèle que c’est pourtant la mélodie qui importe, car c’est avec elle qu’il distille les maux. A l’image du navigateur qui dépend des étoiles pour structurer son voyage, le rocker poétique a observé, analysé et s’élance aujourd’hui avec l’intuition et la foi aiguisé d’un explorateur averti. Oui, la terre est ronde, la crise cyclique, mais ses vagues de quiétudes annoncent une éclaircie.

 

 

Un vocabulaire efficace et conjoncturel
L’album s’ouvre sur une profession de foi, « Donne-moi une seconde », un éloge à la patience. Qui a le temps aujourd’hui ? Qui peut encore écouter un CD ? 12 chansons pour 34 minutes, la captation sonore puise dans cette réalité et implore l’attention. Le titre « Dans ton dos » livre lesconfessions d’un homme qui revient sur des années d’errance à s’essouffler  des promesses du désir et de la distraction, à chercher la lumière à toute heure, à tout va … en plein jour.  « Moi qui croyais qu’une vie ne suffit pas pour tout goûter » …Tout était là … et pourtant. Plaçant la femme au centre de son attention, il a l’élégance de reconnaître qu’au bout du compte « ta patience est un fameux cadeau ». Puis d’invoquer, « mais pour moi fais une exception ». « Tous les bars » propose unregard tendre et désintéressé d’un homme protecteur, non prédateur, sur la détresse féminine. D’une rare empathie, il gagne notre sympathie. A partir du « Sourire », l’enchaînement des titres intensifie l’évasion. Enfin, « Disparaître », célèbre le lâcher prise et l’abandon, « j’ai licencié mon cœur, remercié mes frayeurs, embrassé les dettes et les délocalisations ». L’intéressé quitte la barre sur des accents caustiques, dépouillé, mais libre et heureux.« Je savais quelle émotion, je rêvais de créer pour la personne qui écoute, chaque son a dû se défendre ». Un travail d’alchimiste. Des disques courts et des concerts en costard. « Il faut de la retenue, l’émotion doit se créer chez la personne qui écoute le morceau. Si on essaie de la créer de toutes pièces, en amont, cela devient de la variété ». En commençant à écrire « L’Envolée », Stephan Eicher a dressé une liste d’interdits et d’impératifs. « Un artiste c’est comme un enfant à qui on dit « tu peux manger tous les bonbons que tu veux. Il les mange ! Mais après il a mal au ventre ». Parmi les règles fixes : créer des chansons courtes pour aller à l’essentiel, créer le manque et le besoin. Les mots suffisent à créer l’émotion et c’est le cœur qui s’ouvre.

stephaneicher

Un design soigné

Pour la partie graphique c’est le collectif canadien « Royal Art Lodge » qu’il a sollicité pour créer 12 toiles originales, des propos illustrés, on se sent vraiment gâté. « De manière générale, je trouve qu’on ne traite pas bien le public, et c’est peut-être aussi une des raisons de cette crise du disque…A l’ère de la musique dématérialisée, c’était une volonté de proposer un bel objet. Au mixage, nous avons fait une différence selon que l’on télécharge ou que l’on achète « physiquement le CD ». Pour moi, c’était comme rendre hommage à un art qui disparaît ». On imagine aussi aisément les lieux d’enregistrement, du cœur de la Provence à ce beau château vaudois.

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Tour très subjectif d’une carrière où les moments forts abondent, 30 ans d’un univers sensiblement unique. Eicher en dix titres cultes :

Les filles du Limmatquai (1983) – Combien de temps (1987), Déjeuner en paix (1991), Des Hauts et des Bas (1993) – 1000 vies (1996), Venez danser (1999, Eclaircie (2003) – Cendrillon après Minuit (2003), Voyage (2007), Dans ton dos (2012)

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Quelques dates à retenir …
 07 fév. 2013 : Le Radiant – Lyon  / 12 mars 2013 : Les Docks – Lausanne / 19 Mars 2013 – Théâtre Sébastopol – Lille / 4 avril 2013 : L’Atelier – Luxembourg City / 13 avril 2013 : Le Trianon – Paris …et beaucoup d’autres dates près de chez vous sur : www.stephaneicher.com

 

 

 

ART-icle expiré par Barbara pour Moodsto©k