PIERRE RABHI – SEMEUR D’ESPOIRS

ENTRETIENS

 

« J’ai déjà attiré l’attention sur les « miracles » dont est capable la société civile. Je suis heureux que les imaginations libératrices puissent reconquérir des espaces de créativité inspirés par d’impérieuses nécessités de survie »
– Pierre Rabhi

 

« Au mois de mai, nous avons passé trois jours ensemble à parler « cœur à cœur » autour de la grande table de la salle à manger, dans cette maison ardéchoise que Pierre a restaurée de ses mains. Nous avons abordé des thèmes aussi divers que la religion, l’amour, la vieillesse, le désarroi des jeunes, le sens de l’histoire, la non-violence, le travail, l’éducation, le statut de la femme, le mariage homosexuel, la procréation médicalement assistée, le nucléaire, la politique…et bien sûr l‘écologie. Dans sa langue poétique, Pierre s’est aussi confié sur ses doutes, ses questionnements, son parcours franco-algérien, sa famille, ses amis chers, et ces paysans ardéchois qu’il fréquente chaque semaine au marché de Joyeuse depuis un demi-siècle.
Puissent ces paroles inspirer un nouvel espoir à tous ceux qui cherchent d’autres valeurs que celles qui dominent notre monde actuel » – Olivier Le Naire (L’auteur de ce livre)

Partout en France, on refuse du monde à ses conférences et son discours n’a jamais été aussi actuel et pertinent que dans ce monde en manque de repères, rongé par le doute et menacé par les désastres écologiques. Alors que Pierre Rabhi a fêté ses 75 ans, ses paroles d’homme intègre, porteur de valeurs exemplaires, ont besoin d’être entendues. Ce livre a pour objet d’élargir son propos, de le confronter plus ouvertement encore aux réalités de la société actuelle, en particulier celle des jeunes générations urbaines. Après s’être longtemps adressé à un public fervent, Pierre Rabhi, a franchi une nouvelle étape dans la notoriété. Ses conférences attirent toujours plus de monde, il inspire films et articles, sans doute parce que son discours n’a jamais semblé si actuel dans un monde rongé par le doute et les désastres écologiques.

Un mot sur l’auteur
Longtemps critique littéraire puis grand reporter, Olivier Le Naire est aujourd’hui rédacteur en chef adjoint du service société et sciences de l’Express, où il traite également des questions d’environnement, d’histoire et de patrimoine.

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Morceaux choisis

« L’oppression est multiforme, la guerre économique mondiale, en fait partie, et il ne s’agit pas là d’une métaphore. Cette guerre sans armes en est vraiment une et son plus bel exploit s’exprime par la détresse qu’elle produit massivement »

« A mon avis, seule la lucidité peut nous libérer (…) Celui qui voit clairement en lui les mécanismes s’installer insidieusement devrait parvenir à se dominer »

« A travers l’entreprise, j’ai découvert l’ossature, la structure de cet univers. J’ai aussi compris que je n’avais rien appris d’utile »

« Comme si dans la vastitude et la beauté du monde, une vie entière devait se passer dans le confinement. Que les congés soient mis à profit pour « s’évader » n’est pas sans signification »

« Je trouve normal que la liberté ait pour corolaire l’incertitude »

« Dans un pays où il y a de moins en moins de travail, où le Samu social ou le RSA substituent au salaire une petite bourse de survie, comment voulez-vous qu’un tel système tienne bien longtemps ? On ne pourra pas continuer indéfiniment à pensionner les gens tout en laissant le système créer de plus en plus d’exclusion »

« Moi, je rêverais qu’on m’explique un jour à la télé : « Ecoutez, aujourd’hui il n’y a rien à dire, donc on va vous lire à la place un beau texte poétique ». Ce serait bien »

« Aujourd’hui, contrairement à ce que beaucoup s’imaginent, les villes sont encore très dépendantes des campagnes. C’est la terre qui nourrit le monde. Si on ne réfléchit pas globalement à l’articulation de ces deux espaces, il n’est pas impossible que ces vastes agglomérations souffrent de pénuries, voire plus, du jour au lendemain. La surabondance rassure, mais elle est illusoire. Bien entendu, je serais heureux de me tromper »

« La vie veut vivre et tout ce qui ne s’adapte pas à elle est éliminé »

« Il faut donc s’efforcer de voir notre vie comme une continuité, et non comme une succession de ruptures qui ne feraient que nous endolorir. La vie offre chaque jour quelque chose de neuf »

« Ce modèle actuel est lamentable, et plus les politiques s’acharnent à le sauver, plus cela provoque une formidable liberté de penser (…) Les citoyens, par leur imagination et toutes sortes de petits gestes du quotidien, sont en train de construire le futur, loin, très loin du dogme absolu de la croissance et de toutes ces balivernes (…) Je ne crains pas de le dire : la décroissance, c’est la lucidité »

« Je n’ai jamais rencontré autant de jeunes diplômés qui viennent me voir pour dire : « Moi, j’aspire simplement à un bout de terre, à une vie tranquille. Ils renoncent au résultat de toutes ces années d’études, qui ne sont évidemment pas perdues car elles contribuent à la mutation sociale. Ils n’ont pas envie de mettre les connaissances qu’ils ont acquises au service du système tel qu’il est – l’antagonisme, la compétitivité internationale, la mondialisation et toutes ces choses terribles – mais au profit d’un nouvel humanisme, d’un autre projet de société, d’une autre intention. Et cela est magnifique »

« Comment faire comprendre que la croissance a généré plus d’inégalité que d’équité ? Comment faire comprendre que cette croissance indéfinie implique une stimulation permanente de l’avidité humaine (…) Le superflu des uns, s’impose au dépens de l’indispensable des autres »

« Le temps me semble venu où les acquis positifs du savoir, associés aux impératifs de la nature, pourront rendre possible un ordre que l’on pourra vraiment appeler progrès. Le seul progrès qui vaille a une finalité immatérielle (…) On ne devrait pas avoir le droit de capitaliser ce qui est indispensable à la survie de tous »

« Jardiner est un acte majeur, un acte de résistance dans un monde où même la capacité de se nourrir par soi-même est confisquée aux populations. Cultiver son jardin est un acte politique »

« Mon discours est effectivement subversif, mais pas contre les uns et les autres, contre un modèle que je n’accepte pas. L’asservissement de l’être humain et la dégradation de la nature, je ne peux pas les accepter, et je ne pourrais m’empêcher de faire entendre ma réprobation avec les moyens qui me sont donnés, même si je devais y laisser ma peau »

« L’utopie, c’est l’intelligence de la transgression »