NIKI DE SAINT PHALLE

EXPOSITION

« J’ai décidé très tôt d’être une héroïne.
L’important était que ce fût difficile, grand, excitant ! »
– Niki de Saint Phalle

 

 

Aristocrate franco-amércaine, Catherine, Marie-Agnès Fal de Saint Phalle, est née à Neuilly-sur-Seine en 1930, puis élevée à New-York dans une institution religieuse. Elle se révolte très vite contre le rôle de la femme auquel son milieu la prédestine. Tout d’abord mannequin, puis épouse et mère, son histoire aurait pu en rester là. Mais c’était sans compter sur sa grande sensibilité, son regard vif et personnel sur l’histoire et le monde, alliés à un certain goût pour la rébellion et une volonté farouche de « montrer », de montrer « tout », son coeur et ses émotions. A la fin de sa vie elle résumera son étonnant parcours en disant : « j’ai eu la chance de rencontrer l’art, parce que j’avais sur un plan psychique, tout ce qu’il fallait pour devenir une terroriste ».

Au début des années 50, Niki de Saint Phalle cherche un moyen d’expression et peint ses premières toiles. Bientôt marquée par des voyages, de très fréquentes visites dans les musées et de nombreuses rencontres artistiques, elle fait le choix de se consacrer uniquement à la création : « Peindre calmait le chaos qui agitait mon âme. C’était une façon de domestiquer ces dragons qui ont toujours surgi dans mon travail ».


Niki de Saint Phalle, calling attention to art… par Rmn-Grand_Palais

En 1961, elle est invitée à rejoindre les Nouveaux Réalistes par le critique Pierre Restany qui a assisté enthousiaste au premier Tir. Ces oeuvres qui mêlent performance, art corporel, sculpture et peinture s’ordonnent autour de surfaces verticales où sont fixées des objets divers et des sacs de couleur, le tout couvert de plâtre immaculé. Vient ensuite le moment pour l’artiste de mettre en scène sa composition transformée au hasard en explosions colorées… Pendant dix ans, ces Tirs rythmeront sa vie et favoriseront un questionnement multiple sur la « mort de l’art », la politique, le féminisme, l’histoire : « En tirant sur moi, je tirais sur la société et ses injustices. En tirant sur ma propre violence, je tirais sur la violence du temps ». A titre plus personnel, elle raconte « ce rituel permettait de mourir de ma propre main et de me faire renaître ».

L’artiste a posé un regard critique sur la condition féminine dès son plus jeune âge, étant confrontée aux droits et devoirs de chacun de ses parents… Sa vie sera différente, grâce à son oeuvre, elle s’affirmera face au monde : « Pour moi, mes sculptures représentent le monde de la femme amplifié, la folie des grandeurs des femmes, la femme dans le monde d’aujourd’hui, la femme au pouvoir ».
En effet, Saint Phalle travaille comme peu d’artistes avant elle, sur les différentes dimensions de ce sujet complexe, anticipant de plusieurs années les mouvements féministes, affichant sa vision malicieuse et non dogmatique, déclarant aussi : « L’homme et la femme, c’est une guerre de vainqueurs, sans vaincus ». Il s’agit désormais de faire triompher les attributs d’une féminité aux antipodes de celle du mannequin des magazines qu’elle a été, bien plus réaliste surtout. « Nous avons bien le Black Power, alors pourquoi pas le Nanas Power ? Le communisme et le capitalisme ont échoué. Je pense que le temps est venu d’une nouvelle société matriarcale ». Parmi les plus fameuses : Hon, figure allongée de 27 mètres de long, 9 mètres de large et 6 mètres de haut, qui voit le jour au Moderna Museet de Stockholm, en 1966. Cette « cathédrale » éphémère est érigée en 6 semaines avec l’aide de Jean Tinguely, son compagnon.

« Maybe art is more about obsession than about talent»

Bien décidée à ne pas se couper du monde de l’enfance, son imagination fertile s’exprime dans de nombreux grands projets architecturaux publics, souvent élaborés avec Tinguely, comme le Golem (1972), la Fontaine Stravinsky (1983) ou encore le Cyclop (1969-1994). Idéaliste et pragmatique, passionnée par l’ésotérisme et la culture populaire, elle comprend qu’avec la monumentalité l’artiste se protège définitivement du huit clos avec le commerce de l’art et les collectionneurs. Seul le monumental permet d’atteindre un large public. Le Jardin des Tarots est sans doute le plus ambitieux de ses projets car il s’agit d’un très vaste parc de sculptures représentant les 22 arcanes majeurs du jeu divinatoire grâce auquel elle interprète et cherche le sens de son existence. Pour en financer la construction, Saint Phalle décide d’être son propre mécène et créé un parfum. Un livre autobiographique, Mon Secret, sera également publié en 1993.

Art-icle expiré par Barbara pour Moodsto©k

A VOIR
Exposition « Niki de Saint Phalle » au Grand Palais (Paris), du 17 septembre au 2 février 2015.

BONUS
Documentaire complet « Niki de Saint Phalle & Jean Tinguely - Les Bonnie & Clyde de l’Art 55″:
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