L’HOMME EXPLIQUE AUX FEMMES – VINCENT CESPEDES

LITTERATURE / SOCIETE

 

« Où sont les êtres denses et courageux, prompts à entrer dans la bagarre pour qu’elle cesse, dans la discussion pour qu’elle porte, dans les méandres du sens, dans le vif de l’amour ? Où sont ces athlètes de l’espoir, à l’optimisme contagieux ? Où sont ces doux rêveurs à la voix grave, ces découvreurs d’issues, ces guides étincelants, ces crieurs de joies lentes ? »
« Je veux juste donner, en tant que philosophe, des points d’interrogation. Il n’y a plus assez de points d’interrogation dans notre société », affirme l’homme qui à l’aube de la quarantaine, figure déjà parmi « la jeune garde » dans un classement effectué par Le Nouvel Observateur sur les « 50 stars de la pensée ». Sans maître ni école, il est autant aimé que détesté. Auteur par ailleurs d’une dizaine d’essais philosophiques dont le dernier « L’ambition, ou l’épopée de soi » paraîtra en octobre prochain.
« L’homme expliqué au femmes » propose une démonstration touchante et authentique dans laquelle Vincent Cespedes détaille l’état de la virilité, qu’il veut douce, charnelle, non dominatrice et convoque la gente féminine à éprouver cette « fragilité centrale », sise entre les jambes, qu’elle ne connaîtra jamais. Il faut bien admettre qu’il est fort instructif d’observer par le trou de la serrure, ce qui se joue à cet endroit …

Loin d’être un essai à charge contre la lâcheté masculine, il livre au contraire, avec un enthousiasme proche de l’ivresse et sans faux-féminisme, des clés de compréhension, qui remises à leur propriétaire devraient permettre à chacun et chacunes d’expérimenter enfin des relations pures et intelligentes. Un genre de pavé salutaire dans la marre, une espèce de bouée de secours bienvenue pour le nageur essoufflé qui se débat dans ses interrogations stériles. Merci pour elles, pour eux, … pour nous. Il explique notamment le désarroi masculin par la « flemme d’aimer », cette panne du désir anéanti par la pornographie du web et suggère aussi, entre autres, d’arrêter de vivre le couple comme le siège social d’une association de malfaiteurs : l’un utilisant l’affection pour obtenir le sexe et l’autre oeuvrant à l’exact inverse … Cet ouvrage met aussi chacun(e) face à sa propre responsabilité de parvenir à cultiver son bonheur intérieur brut afin de répandre une onde de charme contagieuse et bienveillante. Quitte à quelquefois tenter de se donner les moyens que l’on n’a pas si l’on souhaite avancer dans cette vie. « If you are not it, pretend to be it, until you are it ». Vivre l’Amour, en somme, comme quelque chose qui nous remet au monde et tenter ensemble de « faire gauler la lune », pour reprendre la jolie formule de FAUVE. A mettre entre toutes les mains un peu gauches et les cœurs déboussolés.

Quant aux femmes, qu’il a l’originalité et la présence de ne pas déshabiller, d’incriminer ici, vigilance tout de même : Et si nous étions responsables d’élever nos hommes ainsi, depuis le berçeau ? Il ressort clairement de ce manuel pratique, que nous devrions sans doute prendre soin de les aider à grandir comme nos petites filles, sans distinction de genre, pour en faire plus tard des hommes biens, disponibles et indépendants du confort maternel. Parce que dans le fond, il n’y a rien qui ne nous fasse plus plaisir que de leur faire confiance …

Art-icle expiré par Barbara pour Moodsto©k

518px-Vincent_Cespedes_(portrait)

 

 

 

 

 

Du même auteur
– L’ambition, ou l’épopée de soi (sortie oct. 2013)
- Magique étude du Bonheur (2010)
– Mai 68 – La Philosophie est dans la rue ( 2008)
– Mot pour mot (2007)
– Mélangeons-nous. Enquête sur l’alchimie humaine (2006)
– Je t’aime. Une autre politique de l’amour (2003)
– Sinistrose. Pour une renaissance du politique (2002)
– La cerise sur le béton. Violences urbaines et libéralisme sauvages (2002)
– I loft you (2001)
http://www.vincentcespedes.net/fr/

 

*****

Morceaux choisis :

« Je t’aime devrait toujours signifier : « tu me fais plaisir au plus haut point »

« La femme n’a pas seulement le pouvoir de nous compléter nous-mêmes, de former par le mélange de son existence avec la nôtre un être plus entier, plus total, pouvant offrir un raccourci achevé de toute vie ; elle est capable aussi, par sa simple présence, par un sourire, de doubler nos forces individuelles, de les porter au plus haut point qu’elles puissent atteindre : toute notre virilité est appuyée sur sa grâce » – Jean-Marie Guyau

« Le jeu, l’amour, l’art, l’imagination ou la connaissance offrent de magnifiques objets de désir, parce qu’ils induisent un plaisir dans le fait même de les viser, et non dans le seul but de les atteindre »

« Nous en avons marre de baiser « dans le vide », de pratiquer une libre-sexualité sans âme, c’est-à-dire sans amour ni jeu, en petits besogneux de la masturbation. Nous voulons être pris aux tripes, être bouleversés, agacés, relancés, électrisés et rendus fous, et rendus forts »

« Faire de l’amitié passionnante le support de l’amour. Faire du coït la crème superflue d’un lent enchantement. Faire extrêmement plaisir. Faire attention. Faire illusions. Faire sensation »

« La meilleure façon de (re)prendre goût à séduire les femmes, c’est donc de les traiter comme nos plus chers amis : avec tout le charme et l’attention que cela suppose (…) Nous défanatiser, inventer des satisfactions nouvelles en prenant en compte la personne unique, sensible et merveilleuse avec laquelle nous nous mélangeons déjà.(…) Il n’y a que des amis et des amoureux fidèles »

« Et les rares d’entre nous qui séduisent, séduisent justement parce qu’ils ne savent pas séduire, c’est à dire à leur insu, par leur insu, par élégance. Autrement dit, sans être entreprenants. La séduction fonctionne en mobilisant inconsciemment tout le trouble et l’originalité de nôtre être »

« L’exhilare rend beau tout ce qu’il voit, grandit tous ceux qu’il touche. Sa curiosité le pousse à comprendre, non à contrôler. Son optimisme l’incite à goûter le présent, non à se réfugier dans un passé enjolivé. Ses émotions font sa substance, son aura est musicale ; il sait bien que le cœur n’est pas autosuffisant »

« Notre crise est là, n’en doutons pas. Perte d’appétit, au moment même où les tables du festin se dresseraient sans problème »

« Le reproche, telle est l’arme avec laquelle les encouplés tuent l’amour. Un reproche est un mot d’ordre sans humour, une menée culpabilisante, un microdressage qui vire parfois au harcèlement. A tel point qu’aujourd’hui, réussir son couple – étymologiquement – c’est en ressortir.(…) Car la crise du couple intervient au moment où les contrats implicites ne concordent plus et entrent en conflit »

« Ce n’est pas aux enfants d’être transformés par leurs parents, mais aux parents d’être transformés par leur enfants. De vivre l’éclosion de leurs sentiments, d’assister leurs pensées, d’entrer en empathie avec ce qui les traverse et les fonde. (…) « On aime ses enfants parce qu’on n’a pas peur d’eux » – Louis Caferte

« On aime pour faire famille, au lieu de faire famille parce qu’on s’aime »

« La fidélité ne se décrète pas : elle se vit comme un choix personnel, une évidence pour nous-mêmes et non une preuve à adresser à l’autre »

« Pour les femmes, il y a une âge où un homme doit être beau pour être aimé, ensuite le temps où il doit être aimé pour être beau » – Françoise Sagan.

http://editions.flammarion.com/

****