LE COEUR ET LES CONFINS – CEDRIC GRAS

LITTERATURE DE VOYAGE

 

« L’Amour est un voyage » 

« Cette histoire m’a été contée mille fois. On la raconte dans tous les trains, dans toutes les gares, sur les quais de chaque port. Elle se propage par les routes d’Asie et les pistes d’Afrique, elle se murmure à la bougie dans les contrées sans électricité, elle court par les sentes des montagnes les plus reculées, elle se confie dans les paradis des cocotiers. Elle connaît autant de déclinaisons que de narrateurs. Elle a frappé les grands explorateurs comme les jeunes premiers. Elle est une expérience en commun à tous ceux qui vibrent à l’appel du lointain. Elle est redoutée comme la peste, repoussée aux calendes grecques, et pourtant, elle est presque inéluctable ».
Des Himalayas à Montevideo, de l’océan glacial Arctique aux steppes de Mongolie, le voyageur ne sera jamais à l’abri de l’amour, que ce soit celui d’un homme pour une femme ou celui d’une famille pour son fils prodigue. Il est « l’un des plus grands périls que réserve la route ». Ce qui pourra faire douter, renoncer ou même ôter toute capacité à jouir de l’ailleurs. L’amour et le voyage seraient-ils définitivement deux pôles incompatibles se déchirant de leurs forces l’explorateur ?
Douze nouvelles pour répondre à cette question par l’un des grands globe-trotters de notre temps.

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par GrandsReportages

 

Cédric Gras, en quelques mots
Après des études de géographie menées de par le monde et des voyages au long cours, Cédric Gras a passé cinq années à sillonner la Sibérie et l’Extrême Orient russe dont il a tiré Vladivistok et le Nord, c’est l’Est, tous deux publiés aux Editions Phébus. Il est actuellement directeur de l’Alliance française de Donetsk en Ukraine. Le Cœur et les Confins est sa première incursion dans la fiction.
www.editionsphebus.fr

Autres ouvrages 
– « L’Hiver aux trousses » (2015) / Editions Stock
- « Le Nord, c’est l’Est » (2013) / Editions Phébus
– « Vladivostok » (2011) / Editions Phébus

 

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Morceaux choisis

 

« L’amour est pour le voyageur un des plus grands périls que lui réserve la route, car il frappe au hasard des sentiers et au gré des chemins. Il fait fi des rêves d’ailleurs et des destinations. Il force le vagabond à la halte il anéantit ses espoirs de lointain. Aucun autre danger ne peut à ce point compromettre une échappée que cette chimie fatale qui agit à la source, en ôtant toute envie, en détournant la flamme, en abaissant le regard. Le corps d’une femme masque toujours l’horizon »

« Katmandou, d’un coup m’était devenu insupportable. Je n’y flânais que dans l’attente du départ. Si l’expectative fait parfois s’accommoder de lieux ou d’amours de passage, le dénouement met brutalement un terme aux compromis éphémères »

« Pour reprendre la route, il faut une énergie et des aspirations contraires à l’amour. Non pas de la haine, mais un sevrage »

« La question est millénaire. Que vaut exactement l’étreinte fébrile d’une femme à l’aune de la beauté du monde ? »

« Aux premiers ébats succèdent les débats, lorsque les esprits se reprennent et exigent de l’avenir qu’il soit conforme à leurs rêves »

« La vie est semée de pièges desquels il faut constamment s’extraire pour ne pas terminer sédentaire et ses rêves encore sur les bras »

« Un homme qui se veut libre doit être sa propre société. Je n’y parvenais pas. Jusqu’à quel point avais-je désenchanté le monde, pour qu’il me soit si vide désormais ? »

« L’attente et la nostalgie sont les deux tristes conséquences des bonheurs éphémères »

« Oh, bien sûr, j’ai connu des femmes. A Shanghai, à Cotonou, à Riga. On se disait « marions-nous », on se connaissait depuis le coucher du soleil. On ne convoquerait ni foule ni bombance. Et au sujet du train qui m’attendait le lendemain, elles disaient : « Je t’attendrai ». C’étaient des précipités d’amour en réaction à une chimie irrationnelle. Et finalement, ce fût plutôt rare. Et puis cruel. Les femmes s’enfuient toutes à l’heure des adieux, dans l’espoir, je crois, qu’on les retienne. L’amour supporte mal les distances que l’on prend avec lui »

« La liberté m’a toujours imposé des œillères. J’ai fait inlassablement la sourde oreille aux sirènes, j’ai évité de couler ma barque d’exil. N’a-t-on pas trop souvent la tentation de s’accommoder des charmes suffisants d’un hasard de la route, renonçant trop tôt aux illusions de nos existences ? »

« J’étais plus fort que tous parce que je ne dépendais d’aucun. Je rompais, je brisais les attaches nouées sans espoir les soirs de relâche. Ces soirs où je m’imposais d’autant plus facilement que j’étais habité d’une force invincible, celle qui fait s’incliner ceux qui ont abandonné leurs rêves pour une tyrannie médiocre et un royaume minable. Car j’avais derrière moi un empire »

« Pourtant comme j’ai eu froid, chaque soir de solitude, drapé dans l’étendard trop grand de ma liberté »

« Il m’a fallu des années pour comprendre la vanité du voyage et renverser de son piédestal la statue érigée à l’errance qui trônait dans mon esprit vagabond »

« Tourner autour du globe était un voyage sans retour, qui nous ramenait pourtant aux perrons de nos maisons. Ce n’était qu’un détour. Partir autour du monde, c’est s’égarer en rentrant chez soi »

« D’angoisse, il se redressait la nuit d’avoir deux choses dans la vie : une fée qu’il voulait épouser et puis les sirènes de la Création. Lorsque nous sommes sensibles à l’appel du grand large, ceux qui nous aiment concluent subitement qu’il est périlleux de nous chérir encore »

« J’avais toujours pensé que la qualité des gens ne se trouve pas tant dans les réponses qu’ils apportent mais plus sûrement dans la qualité des questions qui les tourmentent. Et de ce point de vue, mon voisin était un grand homme »

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