L’AMBITION OU L’EPOPEE DE SOI – VINCENT CESPEDES

LITTERATURE / PHILOSOPHIE

 

«  Changer sa vie, c’est changer le monde » 

 

Qu’ avons nous fait de l’ambition ? Notre tabou.
Selon la morale commune, elle suivrait en effet une logique nuisible, car égoïste. Pourtant dire d’une personne qu’elle est dénuée d’ambition semble bien peu flatteur. L’ambition aurait-elle donc aussi une part lumineuse, liée à une dynamique de réalisation de soi et à un désir d’entreprendre ?
Ce nouvel essai de Vincent Cespedes, « L’Ambition ou l’épopée de soi » nous offre la première analyse philosophique, historique, sociale et psychologique du concept d’ambition, en évaluant son puissant pouvoir d’invention. L’ambition serait-elle une ruse de l’espèce pour survivre ?

Vincent Cespedes A travers une exploration sans concessions des faces sombres de cette « passion au carré », le philosophe démontre l’existence d’une ambition inspirante et humaniste qu’il convient de reconnaître et de transmettre. Par l’observation de nombreuses destinées – savants, artistes, chanteurs, sportifs, écrivains, navigateurs, philosophes, entrepreneurs, politiques, etc., l’auteur établit la distinction entre une ambition dévastatrice pour soi-même ou pour les autres, et une ambition créatrice, « expressive », qui porte un être et lui donne, par ses projets, une place d’exception.
Mais quel est le ferment de cette onde de charme contagieuse et fertile, contagieuse parce que fertile, qui féconde notre oeuvre-vie en la faisant exploser ? Sans conteste, la vulnérabilité malléable et infiniment rêveuse de la jeunesse… Ici est expliqué par quel mécanisme psychique on s’invente une volonté d’adulte à partir d’une passion d’enfant, avec un taux d’entêtement maximal. A l’origine, cet « appel intérieur », qui fait que les ambitieux se présentent souvent comme des êtres « habités », « possédés », mandés par le Ciel ou quelques entités mystérieuses pour accomplir une «mission». Une telle urgence, absolument indispensable à l’ambitieux, provient non pas de ses propres fêlures, mais des fêlures de ses tuteurs – fêlures pour lui évitables. L’ambition, c’est d’abord l’urgence de ne pas faire comme, de rafler les mises que nos champions n’ont pu rafler. Une ambition expressive, animée d’un amour pour l’humanité réelle, et non d’un rêve de grande réforme.
L’urgence est l’étincelle primordiale qui, après une lente maturation, se change en feu sacré embrasant le coeur. L’ambition, c’est avant tout les autres et cette soif d’explorer la plasticité du réel. Cette recherche de la paix intérieure, de la « complétude », est celle d’une ambition expressive qui fuit les journalistes et la célébrité pour mieux se consacrer à l’expérience des « gouffres ».

A l’aube du XXIè siècle, dans un monde devenu commun, où l’on peine à aller de l’oligarchie à la démocratie, de la liberté à la fraternité, de la complexité à la complicité, de l’efficacité à l’efficience, l’idée neuve s’incarne dans ce nom à apprivoiser, à humaniser et à faire connaître : « ambition ».
Un manuel indispensable et éclairant pour tous les porteurs de projet. A l’heure où notre société ne produit que des « champions », dont le principal mérite est de n’être utile qu’à eux-mêmes, les travaux philosophiques de Vincent Cespedes portent à notre conscience la nécessité de favoriser l’émergence d’une nouvelle forme d’héroïsme, passionnément contagieuse et irrésistiblement tournée vers l’autre. Un devoir de « conter », un devoir de « cit(é)r »…

« Nourrir l’ambition dans son coeur, c’est porter un tigre dans ses bras »
- proverbe chinois 

 Art-icle expiré par Barbara pour Moodsto©k

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www.lateledelilou.com
www.editions.flammarion.com 

Vincent Cespedes
Vincent Cespedes est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages. Philosophe engagé dans son époque, il donne aujourd’hui des conférences dans le monde entier.

Du même auteur
– L’ Homme expliqué aux femmes (2010)
- Magique étude du Bonheur (2010)
– Mai 68 – La Philosophie est dans la rue ( 2008)
– Mot pour mot (2007)
– Mélangeons-nous. Enquête sur l’alchimie humaine (2006)
– Je t’aime. Une autre politique de l’amour (2003)
– Sinistrose. Pour une renaissance du politique (2002)
– La cerise sur le béton. Violences urbaines et libéralisme sauvages (2002)
– I loft you (2001)


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Morceaux choisis :

« Quitter le camp de base pour gravir les sommets, tel est le destin suprême de l’accomplissement de soi-même (…) Un homme ne monte jamais plus haut que lorsqu’il ignore où son chemin peut le mener »

« L’ambitieux dérange  le socialement établi; il décentre, il agrandit les marges. Par cela même, il évite la répétition de l’identique et provoque l’Histoire »

« L’ambitieux nous désécurise sans le vouloir, nous fait ouvrir les yeux. Il déconfortabilise, donc relance le questionnement que trop de satiété tarit. En nous obligeant à (ré)écouter notre instinct d’adaptation et notre intelligence créatrice, il reconnecte en nous, à son insu, la part sauvage et la part réflexive, le corps et la civilisation. Même son ambition le consume, elle aura poussé les autres à renouveler leur manière de voir et de vivre »

« Aussi, l’ambitieux doit-il slalomer entre les mesquins ou placer entre eux et lui des icebergs d’indifférence s’il ne veut pas noyer son ambition brûlante dans leur jouissance de la glaciation. Comme d’autres ambitieux ont balisé la piste de fuite, il lui suffit de suivre la trace de ces aînés, de ces modèles »

« Soigner l’avenir : telle est l’urgence de quiconque entend faire de sa passion le point culminant de sa quête, le point névralgique de sa vie »

« Maurice Barrès conclut : « Ne t’arrête jamais à mi-chemin dans ce jeu d’ambition. Réalise ou parais réaliser ta formule entière; acquiers toute la gloire que tu t’es ouvertement proposée »

« C’est dans un champ de radieuse solitude que l’ambition de devenir-plus-fleurit. Or l’encouplement vise justement à déraciner celle-ci : une fois encouplé-e, on se démène certes pour ne pas froisser l’autre, pour « sauver » son couple et pour le bien-être de ses enfants, mais plus vraiment pour soi-même. Ni plus vraiment pour l’humanité »

« Le couple obligatoire dessèche l’idée et la possibilité du moi lointain. Il induit une survie au jour le jour du moi actuel, et reste sourd à l’appel du large et au dépassement des hauteurs. Au nom de l’amour – « devenu notre religion » -, l’encouplement conforte insidieusement un besoin de sécurité qui flétrit nos capacités de projection et de métamorphose »

« L’ambitieux qui venge son père commet dans le même temps un paricide, car le père aura d’autant plus échoué que le fils aura réussi ce que lui n’a pas pu réussir et qui constituait sa complainte sempiternelle. Parents, nous ne commentons jamais impunément nos échecs : ils peuvent donner à notre enfant-confident l’ambition de nous faire ravaler tôt ou tard, par ses victoires, notre lamento »

« Partant, l’ambition c’est aussi l’audace de prendre et de s’accroître sans complexe, au détriment des réserves de bienséance, des oeillères de conditionnement, des interdictions morales et des cas de conscience limitants. Il faut tout oser pour tout avoir »

« On croise quelque fois un clochard céleste déclamant une poésie tout droit tombée des étoiles, et qui nous transforme aussitôt en mendiants de cette beauté-là, de cette lucidité éclatante, de cette remise en coeur du monde »

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