LA VOIE QUI DANSE – YUMMA MUDRA

LITTERATURE

 

« Chaque pas sera un court siècle de bonheur »

 

Le 4 septembre 1981, après une semaine de suspense, Myriam tient les promesses publicitaires de l’Agence Avenir, dont elle est le mannequin, et « enlève le bas ». Mais la jeune fille de 19 ans, noyée dans un tourbillon médiatique infernal, choisit de disparaître…dans une communauté bouddhiste, pour méditer toute une année.
Rebelle et indéniablement libre, Myriam trace sa vie, à la recherche d’une connivence avec le monde et ses musiques envoûtantes. Eternelle nomade, la fille-aux-milles-vies pose ses valises aux Etats-Unis, en Inde, au Portugal, partage la galère des dealers dans les rues de Paris, emprunte les routes tziganes, guérit de la tuberculose, croise le Dalaï Lama, étudie encore et encore le bouddhisme. Tout ça, sans jamais s’arrêter de danser. Devenue Yumma Mudra, elle montre à chacun d’entre nous que l’on peut, un beau jour, choisir de quitter les faux-semblants pour vivre au plus près de soi-même.
« La Voie qui danse » est un récit enivrant, qui fait entendre la merveilleuse musique de la liberté.

Yumma Mudra

Yumma Mudra

Yumma Mudra, alias Myriam Szabo, a commencé à danser à l’âge de trois ans, avant d’intégrer le ballet russe Irina Grjebina et de suivre diverses formations en danses orientale, africaine et contemporaine. Mannequin professionnelle dans les années 1980, elle s’est retirée pour se consacrer à l’étude du bouddhisme. Créatrice de la philosophie par la danse, Danza Duende, elle est aujourd’hui chorégraphe.

Art-icle expiré par Barbara pour Moodsto©k

http://www.danzaduende.org

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Morceaux choisis

« Pas de paysages familiers, je suis une fille du voyage, ballotée par les vents du destin »

« Chaque fois que je dansais, j’avais cette sensation indicible : ce qui était à l’extérieur et à l’intérieur de mon corps émergeait en simultané. Il n’y avait plus de dualité. Mais mon aspiration divine n’aboutissait jamais ! Il existait toujours autre chose plus loin, je le savais, mais cette chose me fuyait, comme si je marchais dans la direction d’un mirage sans que celui-ci ne se rapproche jamais. Quelque chose me freinait invariablement. L’intuition intense d’un but, d’une indéfinissable nécessité d’absolu prenait place dans ma conscience que je pressentais, mais qui transcendait mes perceptions ordinaires »

« Un incroyable geyser d’énergie ascendante a pris mon corps en otage, ce jour-là et les jours suivants, à chaque fois que je dansais. Je me sentais possédée, comme si l’énergie entre le ciel et la terre trouvaient un canal dans mon être. Cela durait tant que je dansais, puis le charme tombait abruptement lorsque je quittais le studio. Ma confusion reprenait les rênes »

« En Inde, j’ai eu l’impression que ceux qui se cultivaient par eux-mêmes étaient ceux qui finissaient par s’en sortir »

« Pour la première fois, quelque chose avait un sens pour moi et ce « quelque chose » donnait une direction à mon avenir. Soudain, ma vie n’était plus un enchaînement plus ou moins malheureux de hasards et d’insatisfactions bricolées, mais un vaste champ de découvertes que je voulais explorer à fond et dont la lignée des maîtres possédait un plan détaillé »

« Vivre parmi les hommes est un art difficile pour une femme libre »

« Je ne suis pas triste, je suis en état de grâce et je pleure de joie. Je sais que je viens de trouver ce que je cherche depuis toujours : ma voie, ma famille, ma connexion. Je suis née avec une mission, je ne la connais pas encore, mais j’ai trouvé le chemin pour y parvenir. Cette attitude absolue est une sensation nouvelle. Pour la première fois, je me sens à ma place et dépourvue de toute peur, comme si mon passé s’était volatilisé et que je n’avais jamais vécu autrement »

« Leurs pensées malsaines agissaient sur moi comme une mauvaise magie, me semblait-il. J’étais devenue une extraterrestre parmi les photographes et les mannequins en soif de gloire. J’étais noyée dans la superficialité de la jet-set. Tout cela me rendait triste comme la mort »

« Mais en moi tout un autre temps s’installe petit à petit… »

« Le bouddhisme Mahayana explique qu’en cultivant un amour pour les autres supérieur à l’obsession qu’on centre tout naturellement en soi-même, on se libère des tendances habituelles. La prison que je suis en train de démolir, c’est la croyance en la solidité de mon ego. Vaste entreprise »

« Il m’arrivait souvent de pleurer devant la misère de notre siècle, devant notre incapacité à nous aimer, bien que chacun aspire à cet amour inaccessible. Se faire aimer, être « reconnu », devenir riche, célèbre, beau et parfait, tout magnétiser autour de soi et pour soi me semblait ridicule. L’amour à l’envers, absurde et infantile, celui qu’on voudrait attraper, se dissout comme l’arc-en-ciel dès que l’eau s’est évaporée. Je cherchais désespérément l’unité chaleureuse »

« J’ai compris que c’était comme ça pour tout le monde. Dès qu’on décide de prendre une nouvelle direction, de changer radicalement de vie, de prendre du temps pour faire un long voyage, nos habitudes essayent de nous retenir. Voilà qu’on vous propose LE contrat de travail qu’on attendait depuis toujours, ou bien LA relation amoureuse dont on rêvait. Le monde m’a offert mille excuses pour que je quitte ma forêt, mais j’ai imposé mon choix »

« En projetant perpétuellement notre insatisfaction, nous restons en porte-à-faux, à côté de notre vie, espérant le meilleur et craignant le pire, courant après le temps qui amène vieillesse, maladie et mort. Le monde prend la forme que nous lui donnons »

« C’est passionnant, terrible et merveilleux à la fois. C’est bien plus « réel » que ce que je voulais croire. Les gens disent que se retirer du monde, c’est le fuir. S’ils savaient ! Se retirer du monde, c’est rencontrer le monde pour de vrai ! C’est cru, intense et extrêmement précieux. Comment ai-je pu vivre vingt années en étant si distraite, si loin de moi, sans rien connaître de mon propre esprit ?

« J’ai aussi découvert l’incroyable flexibilité de l’esprit. Le monde invisible qui gère ma vie est infiniment créatif, il ressemble à celui que nous expérimentons chaque nuit dans nos rêves. Une brèche de liberté ne passe pas par l’intellect, cela se passe « avant » de penser »

« Que faire de tout cela ? Comment réunir la spiritualité, la danse, ma vie quotidienne, la société et ses exigences financières et les miroirs du monde ? Comment gommer les catégories ? Danser sa vie ? »