LA CONVIVIALITE – IVAN ILLICH

LITTERATURE

 

« Le dogme de la croissance accélérée justifie la sacralisation de la productivité industrielle, aux dépens de la convivialité »
– I. Illich

 

Dans cet ouvrage publié en 1973, son auteur Ivan Illich avançait déjà « qu’ une société engagée dans la course au mieux être ressent comme une menace l’idée même d’une quelconque limitation du progrès », déroulant au fil des pages un argumentaire pragmatique et implacable, visionnaire et au combien actuel. « Si les outils ne sont pas dès maintenant soumis à un contrôle politique, la coopération des bureaucrates du bien-être et des bureaucrates de l’idéologie nous fera crever de « bonheur ». La liberté et la dignité de l’être humain continueront à se dégrader, ainsi s’établira un asservissement sans précédent de l’homme à son outil »En cette époque où l’on conditionne hommes et produits, « convivial » serait la société où l’homme contrôlerait l’outil.
Dans ce texte phare, Ivan Illich amplifie et radicalise sa critique de la société industrielle. Dénonçant la servitude née du productivisme, le gigantisme des outils, le culte de la croissance et la réussite matérielle, il oppose à la « menace d’une apocalypse technocratique » la « vision d’une société conviviale ». Ce n’est que par la redécouverte de l’espace du bien-vivre, qu’ Illich appelait la convivialité, que les sociétés s’humaniseront.


Ivan Illich
Né en Autriche en 1926, et issu d’une famille aristocratique ayant d’anciens liens avec l’Église catholique romaine, il était destiné à devenir un prince de l’Église. Mais en 1951, il part aux États-Unis, et travaille comme assistant auprès du pasteur d’une paroisse portoricaine de New York. Entre 1956 et 1960, il est vice-recteur de l’Université catholique de Porto Rico, avant de fonder, au Mexique, le Centre international de documentation (CIDOC). Polyglotte, homme du Sud autant que du Nord, solidement enraciné en Occident et familier avec l’Orient, Illich mérite pleinement la qualité d’humaniste. Ses écrits sur l’école, la santé, la convivialité, l’énergie ont eu un rayonnement universel, provoquant de féconds débats dans de nombreux pays. Il décède en 2002, en Allemagne.

Art-icle expiré par Barbara pour Moodsto©k

Illich IVan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Morceaux choisis

« Par-dessus tout, je veux m’attacher à montrer ceci : les deux tiers de l’humanité peuvent encore éviter de traverser l’âge industriel s’ils choisissent dès à présent un mode de production fondé sur un équilibre post-industriel, – celui-là-même auquel les nations sur-industrialisés vont être acculées par la menace du chaos »

« Car l’austérité n’a pas vertu d’isolation ou de clôture sur soi. Pour Aristote comme pour Thomas d’Aquin, elle est ce qui fonde l’amitié (…) une vertu qui n’exclut pas tous les plaisirs, mais seulement ceux qui dégradent la relation personnelle »

« L’homme a besoin d’un outil avec lequel travailler, non d’un outillage qui travaille à sa place. Il a besoin d’une technologie qui tire le meilleur parti de l’énergie et de l’imagination personnelles, non d’une technologie qui l’asservisse et le programme »

« A la menace d’une apocalypse technocratique, j’oppose la vision d’une société conviviale. La société conviviale reposera sur des contrats sociaux qui garantissent à chacun l’accès le plus large et le plus libre aux outils de la communauté, à la seule condition de ne pas léser l’égale liberté d’accès d’autrui »

« La profession de PDG n’a pas d’avenir dans une société conviviale, comme le professeur n’a pas de place dans une société sans école : une espèce s’éteint quand elle perd sa raison d’être »

« Pour autant que je maîtrise l’outil, je charge le monde de mon sens ; pour autant que l’outil me domine, sa structure me façonne et informe la représentation que j’ai de moi-même »

« Cette libération est obligatoirement instantanée, car il n’y a pas de moyen terme entre l’inconscience et l’éveil. Le manque que la société industriel entretient avec soin ne survit pas à la découverte que personnes et communautés peuvent elles-mêmes satisfaire leurs véritables besoins »

« L’éducation produit des consommateurs compétitifs ; la médecine les maintient en vie dans l’environnement outillé qui leur est désormais indispensable ; et la bureaucratie reflète la nécessité que le corps social exerce son contrôle sur les individus appliqués à un travail insensé »

« Lorsque le futur devient présent, nous avons sans cesse le sentiment de manquer de temps, simplement parce que nous avons prévu des journées de trente heures (…) le sur-emploi du futur engendre un stress dévastateur (…) La surabondance de biens mène à la rareté de temps »

« L’industrie des transports produit de la rareté de temps/ Dans une société où beaucoup de gens emploient des véhicules rapides, tout le monde doit y consacrer plus de temps et d’argent »

(consommation) « Alors l’individu qui ne change pas d’objets connaît la rancœur de l’échec et celui qui en change découvre le vertige du manque. Ce qu’il a l’écoeure, ce qu’il veut avoir le rend malade »

« Je ne fais que conjecturer l’aggravation de la crise. Mais je puis exposer avec précision la conduite à tenir devant et dans la crise. Je crois que la croissance s’arrêtera d’elle-même (…) La paralysie synergétique des systèmes nourriciers provoquera l’effondrement général du mode industriel de production »

« Les sous-privilégiés croissent en nombre, tandis que les privilégiés consomment toujours plus. En conséquence, la fin grandit chez les pauvres et la peur chez les riches (…) La condition du pauvre peut être améliorée si le riche consomme moins, tandis que celle du riche ne peut l’être qu’au prix de la spoliation mortelle du pauvre (…) Le riche prétend qu’en exploitant le pauvre il l’enrichit puisqu’en dernière instance il crée l’abondance pour tous. Les élites des pays pauvres répandent cette fable »

« Tandis que le pouvoir se polarise, l’insatisfaction se généralise. La chance qui nous est donnée de créer pour tout le monde plus de bonheur avec moins d’abondance est reléguée au point aveugle de la vision sociale »

« La croissance de la production des décisions, des contrôles et des thérapies est supposée compenser l’extension du chômage dans les secteurs de fabrication (…) Fascinée par la production industrielle, la population reste aveugle à la possibilité d’une société post-industrielle où coexisteraient plusieurs modes de production complémentaires »

« La désaccoutumance de la croissance sera douloureuse. Elle sera douloureuse pour la génération de transition, et surtout pour les plus intoxiqués de ses membres. Puisse le souvenir de telles souffrances préserver de nos errements les générations futures »

« La seule solution à la crise écologique est que les gens saisissent qu’ils seraient plus heureux s’ils pouvaient travailler ensemble et prendre soin l’un de l’autre ».

Ivan Illich - La Convivialité 

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