JE VOULAIS JUSTE VIVRE – YEONMI PARK

LITTERATURE / SOCIETE

 

 

« There are two things that i am greatful for :
First, that i was born in North Korea. Second, that i escaped from North Korea »
– Yeonmi Park

 

Yeonmi Park est née le 4 octobre 1993 en Corée du Nord. Précisément à Hyesan, à la frontière avec la Chine. Toute son enfance, elle a vécu du mauvais côté du Yalu, la rivière qui sépare les deux pays. Yeonmi vivait avec son père, sa mère et sa sœur aînée dans une maison où il n’y avait ni lumière ni chauffage, ni même un lit pour dormir. La nourriture était rare. Pour survivre, ses parents revendaient des produits achetés au marché noir.
A 13 ans seulement, sa courte vie est déjà marquée par le désespoir. Elle n’a qu’une solution : fuir son pays. Elle ne se doute pas que le chemin vers la liberté va l’entraîner en enfer…
Après des années de privations et de harcèlement, par une nuit glaciale, Yeonmi, 13 ans, et sa mère, réussissent à traverser le fleuve Yalu qui marque la frontière entre la Corée du Nord et la Chine. Elles laissent derrière elles leur pays natal et ses horreurs : la faim, la délation constante et surtout une répression impitoyable et le risque permanent d’être exécutées pour la moindre infraction. Mais leur joie n’est que de courte durée. Rien ne les a préparées à ce qui les attend entre les mains des passeurs. Après plusieurs années d’épreuves inhumaines et un périple à travers la Chine et la Mongolie, Yeonmi atteint finalement la Corée du Sud.

Dans son livre « Je voulais juste vivre« , elle donne un témoignage précieux sur la vie dans cette dictature tenue d’un main de fer à l’époque par Kim Jong-Il, à qui Kim Jong-Un, son fils, a succédé en 2011. Yeonmi raconte notamment comment le régime empêche les citoyens nord-coréens de penser par eux-mêmes, comment il contrôle tout ce qui est dit dans la rue et dans le cercle privé, comment il applique son droit de vie ou de mort sur un individu et sa famille. Dans les cahiers d’école, tout est affaire de propagande. Le rare apprentissage du monde extérieur se fait grâce aux films piratés ou jeux vidéo qui circulent au marché noir.

En octobre 2014, elle fait un discours bouleversant lors du sommet annuel « One Young World » à Dublin (l’équivalent des Nations Unies de la Jeunesse) et sort définitivement de l’ombre. Depuis quelques mois, elle étudie les sciences politiques et l’économie à l’Université Columbia de New York et envisage, une fois diplômée, de créer une fondation ou un mouvement pour libérer le peuple nord-coréen. Agée de 22 ans aujourd’hui, Yeonmi Park est une combattante : son livre a été traduit dans plusieurs langues, elle donne des conférences à travers le monde et est devenue l’une des plus influentes dissidentes nord-coréennes, une activiste reconnue des droits de l’homme.

Untitled

 

Morceaux choisis :

« Mais dans Titanic, les personnages parlaient d’amour et d’humanité. Je m’étonnais que Leonardo DiCaprio et Kate Winslet soient prêts à mourir par amour, pas seulement pour le régime, comme nous. L’idée que des gens puissent choisir leur propre destin me fascinait. Ce film américain piraté m’a donné mon premier avant-goût de liberté »

« En classe, toutes les matières enseignées – mathématiques, sciences, lecture, musique – l’étaient avec une dose de propagande (…) Notre Cher Dirigeant possédait des pouvoirs mystiques. Dans sa biographie, on apprenait qu’il pouvait contrôler la météo par la pensée, et qu’il avait écrit mille cinq cent livres au cours de ses trois années à l’université Kim Il-Sung »

« Nos salles de classes et nos manuels étaient remplis d’images de G.I américains ridicules aux yeux bleus et aux nez protubérants en train d’exécuter des civils ou vaincus par de courageux enfants coréens armés de lances et de baïonnettes. Parfois, pendant la récréation, nous nous alignions pour frapper ou transpercer chacun notre tour des mannequins habillés en soldats américains »

« En CE1, on nous enseignait le calcul, mais avec une méthode différente des autres pays. En Corée du Nord, même l’arithmétique est un outil de propagande. Un problème de base se posait ainsi : »Si vous tuez un sale Américain et que votre camarade en tue deux, combien de sales Américains morts avez-vous ? »

« Malgré tout, j’ai appris une chose importante durant ma brève expérience de vendeuse : une fois qu’on commence à marchander tout seul, on commence à penser tout seul. Avant l’effondrement du système de distribution publique, le gouvernement était seul à décider qui survivrait et qui mourrait de faim. Les marchés ont retiré son contrôle au gouvernement. Mes petites transactions commerciales m’ont permis de comprendre que je contrôlais un peu mon destin. Un nouvel avant-goût de la liberté »

« Je commençais à comprendre que toute la nourriture et toutes les baskets du monde ne feraient pas mon bonheur. Les biens matériels n’avaient aucune valeur. J’avais perdu ma famille. Je n’étais pas aimée, je n’étais pas libre, et je n’étais pas en sécurité. J’étais en vie, mais tout ce qui rendait la vie précieuse avait disparu »

« Sur le trajet à pied entre la gare routière et l’appartement, je me sentais très forte et calme parce que j’avais pris la décision de me tuer plutôt que d’accepter cette vie. J’avais perdu le contrôle sur tout le reste, et c’était le dernier choix qui m’appartenait. Je pleurais chaque jour depuis que j’avais quitté la Corée du Nord; je ne pensais pas avoir autant de larmes en moi. Mais le dernier jour de ma vie, je n’en verserais pas une ».

« Une fois à la maison, je n’ai fait que lire. Je dévorais les livres. Je ne lisais pas uniquement par plaisir ou soif d’apprendre; je lisais pour vivre. Je ne disposais que de 30 dollars par mois, et après les dépenses courantes, j’utilisais tout ce qu’il me restait pour acheter des livres. Certains étaient neufs, d’autres d’occasion. Même si j’avais faim, les livres passaient en priorité. Je n’ai appris l’existence des bibliothèques que beaucoup plus tard. Cela me paraît difficile à croire aujourd’hui, mais à notre arrivée nous ignorions tant de choses sur la vie en Corée du Nord »

« J’ai commencé par des traductions en coréen de textes pour enfants, puis je suis passée aux livres illustrés sur les pays du monde. J’ai acheté des ouvrages sur la mythologie romaine et l’histoire mondiale. J’ai lu les biographies d’Abraham Lincoln, Franklin Roosevelt et Hillary Clinton. L’Amérique m’intéressait, et j’aimais particulièrement les biographies car elles parlaient de gens qui avaient dû surmonter des obstacles et des préjugés pour aller de l’avant. Ils me laissaient penser que je pouvais y arriver alors que personne d’autre ne croyait en moi, et que moi-même je doutais de moi »

« En aidant les autres, j’ai appris que j’avais toujours eu de la compassion en moi, même si je l’ignorais et que je ne pouvais pas l’exprimer. J’ai découvert qu’éprouver de la compassion pour les autres signifiait que je pouvais aussi en ressentir pour moi. J’étais sur le chemin de la guérison »

« Je sais aussi que l’étincelle de dignité humaine ne s’éteint jamais totalement, et qu’avec une bouffée de liberté et le pouvoir de l’amour, elle peut à nouveau s’embraser ».

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« I dare to say that my life is a victorious life. It was a glorious life and it will be. I don’t think of me as a victim »
– Y.P.

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