FRANCOIS, LE PRINTEMPS DE L’EVANGILE – FREDERIC LENOIR

LITTERATURE / SPIRITUALITE

 

« Seul l’amour est digne de foi » F. Lenoir

 

«Dès les premiers instants de son élection, j’ai été touché par le « parfum d’Evangile » qui émane de François. Ce pape parle au coeur et touche de nombreuses personnes – croyantes ou incroyantes – car il vit ce qu’il dit et témoigne de valeurs essentielles du message de Jésus : l’amour, la simplicité, l’humilité, le détachement, la joie. Il entend avant tout promouvoir un nouvel état d’esprit afin que l’Eglise retrouve sa première raison d’être : témoigner, à la suite du Christ, que Dieu n’est pas un juge, mais un libérateur, que l’amour qui redresse est plus important que la loi qui condamne, que l’Evangile est un message de vie qui humanise. C’est aussi la raison pour laquelle il se préoccupe du bien commun de l’humanité et apporte une parole forte et éclairante sur les grands enjeux planétaires: la financiarisation de l’économie, les injustices sociales, la crise environnementale » – F.L.

Pape François

Pape François

Le mot « évangile » signifie « bonne nouvelle » et la rupture que représente l’arrivée au Vatican du Pape François, probablement aussi. Une coulée authentique et rafraîchissante porteuse d’espoir. Aux antipodes du rôle de monarque ecclésiastique que représente traditionnellement la fonction, « François » marque par ses talents d’improvisation, sa mine lumineuse et éclatante de simplicité, sa capacité à « poser des gestes de proximité ». Une série d’actes et d’attitudes qui révèlent une grande liberté intérieure…fondée sur l’amour du prochain en vue de l’édification d’une fraternité humaine universelle. «Ce qui me frappe le plus chez le pape François, c’est l’attention et l’authenticité du regard qu’il porte à chacun de ses interlocuteurs. Il s’intéresse vraiment aux gens, quels qu’ils soient, et tente, autant qu’il le peut, d’entretenir une relation personnelle avec la plupart de ceux qui ont un jour croisé son chemin (…) François émeut, de manière parfois quasi irrationnelle, parce qu’on sent qu’il est habité par ce qu’il dit », ajoute l’écrivain.

A rebours de l’arrogance mondaine, qui se cache trop souvent derrière des apparences de religiosité et même d’amour de l’Eglise, il considère celle-ci comme un « hôpital de campagne après la bataille » et prône l’inversion des valeurs sociales, de quoi réajuster le poids de la morale chrétienne, trop souvent considérée comme un catalogue d’interdits infantilisants. Selon le spécialiste des religions, « le Pape a compris que l’Eglise s’était éloignée de son message originel qui est d’aider tout le monde ». Ainsi, même si celle-ci reste opposée au mariage homosexuel, le Pape a, par exemple, appelé les fidèles homosexuels à jouer un rôle dans l’Eglise, démontrant ainsi sa faculté à innover lorsque la stricte application de la morale est inadaptée.
Cependant, loin de faire l’unanimité auprès des traditionalistes sceptiques, les résistances à Rome vont être terribles à l’encontre de celui qui incarne à la fois le prophétisme de la réforme interne de l’institution et celui de la mission vers l’extérieur. Quelles ressources intérieures va-t-il mobiliser pour laver l’Eglise de ses incohérences et de ses scandales ? Va-t-il parvenir à implémenter l’ordre et la justesse ? Observer dans les mois à venir le combat subtil de ce guerrier de la compassion courroucée, ambassadeur de la « non-puissance », s’annonce déjà divin…
Enfin, en ce laborieux début de XXIè siècle, c’est bien l’Evangile qui refleurit. Il est temps de « lâcher » le rigide solfège que l’on connait pour tendre une oreille attentive à ce nouveau flair dans les vents « vrais ». Transformer la plainte en mélodie. Il était une « foi », un nouveau défi pour l’Eglise.

Art-icle expiré par Barbara pour Moodsto©k

 

 

Frédéric Lenoir est philosophe et historien des religions.
Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont le Petit traité de vie intérieure, La Guérison du monde, L’Ame du Monde, Du Bonheur, un voyage philosophique, traduits dans une vingtaine de langues.
Site officiel Frédéric Lenoir

Le printemps de l'évangile

Le printemps de l’évangile

Morceaux choisis :

« Par sa vie comme par son message, Jésus opère une extraordinaire révolution des valeurs sociales les plus communément admises en son temps (…) Et si le pape François touche si fort le cœur des gens, c’est qu’il tente, par son témoignage et ses propos, de revenir au plus près de ce message révolutionnaire qui n’a rien perdu de sa nouveauté »

« Celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude (Marc 10, 42-45) »

« Qui se laisse séduire par la perspective d’une carrière, la flatterie de l’argent, les compromis avec l’esprit du monde, ce qui rend paresseux, le transforme en un fonctionnaire, un clergé d’Etat plus préoccupé par lui-même, par l’organisation et les structures que par le vrai bien du peuple de Dieu »

« Ce qui caractérise le Dieu de Jésus, c’est au contraire la non-puissance. Non pas que Dieu soit impuissant ! Comme créateur de l’univers visible et invisible, Il est nécessairement tout-puissant. Mais Jésus révèle qu’il est avant-tout un Dieu d’amour qui refuse d’exercer Sa puissance en raison même de l’amour qu’Il porte à Sa créature »

« C’est parce qu’il a rencontré le bonheur et l’amour que l’être humain peut véritablement devenir vertueux et grandir en humanité. C’est la joie qui mène au renoncement, et non l’inverse »

« L’Education catholique reçue par nos parents ou nos grands-parents était encore bien souvent focalisée sur la perfection morale et la peur maladive du péché, notamment celui de chair, développant chez beaucoup un sentiment morbide de culpabilité »

« C’est parce que Jésus leur a révélé une part lumineuse d’eux-mêmes qu’ils ignoraient, c’est parce qu’il leur montre qu’ils sont dignes d’être aimés, qu’ils ont envie de devenir meilleurs et changent de conduite. Baruch Spinoza dit de même que l’être humain ne peut changer par la force de la raison et de la volonté (…) C’est ainsi qu’il « Sauve ce qui était perdu », qu’il transforme la tristesse en joie, l’angoisse en confiance, la mort en vie. Jésus est un alchimiste du désir qui opère par l’amour »

« Jésus, par le regard d’amour qu’il porte à ceux qu’il rencontre, relève, réconforte, bouleverse, retourne le cœur, remet sur la route, redonne vie »

« Il en revient toujours au nécessaire discernement du cas par cas (…) et suppose la conviction qu’un être humain est toujours sacré et inviolable, dans n’importe quelle situation et en toute phase de son développement »

« Nous nous comportons souvent comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs. Mais l’église n’est pas une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile »

« Comme croyants, nous nous sentons proches aussi de ceux qui, ne se reconnaissant d’aucune tradition religieuse, cherchent sincèrement la vérité, la bonté, la beauté qui pour nous ont leur expression plénière et leur source en Dieu. Nous les voyons comme de précieux alliés dans l’engagement pour la défense de la dignité humaine, la construction d’une cohabitation de la création »

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