CONVOYEURS DE « FOND » – FAUVE

MUSIQUE / SOCIETE

 

Une poésie déglinguée sur des morceaux diamantaires, arrangés avec une science du verbiage qui perce à jour.  Véritable infection virale. Quand la nécropole parisienne devient le sanctuaire du verbe… Guitares rageuses, inflexions à double sens et refrains à soulever le coeur. Fauve ce sont des textes parlés, scandés, résultat d’une alchimie risquée mais réussie entre un spoken word fiévreux, des accords cinglants et une pulsion organique. Un tutoiement récurrent, amical et rassurant. Alors qu’habituellement la musique est accessoire dans le slam, ici elle propulse les textes, tel un écrin, un réacteur. Un art qui ne se regarde pas, une attitude en somme qui sublime « l’ici et maintenant », des textes immédiats qui décrètent l’état d’urgence. Confessions d’un enfant du siècle, rare comme l’authenticité. Des têtes bien faites, un cru exceptionnel qui a pris le temps d’affûter sa frustration en cave et qui, soutenu par un vent favorable, brille comme un métal précieux. Des chansons néoréalistes, un ras de marée scénique en résonance parfaite avec son époque, sous influence Rastignac du zodiaque…

street_iles1_c_fauve

Fauve, c’est addictif et très lyrique. Dextérité de la langue française, justesse du ton et du mot, au service d’une interprétation ardente qui pointe la détresse de jeunes hommes au bord de la crise de nerfs et y opposent une foi en l’amour « Quelque chose de grand / qui sauve la vie / qui trompe la mort / qui déglingue enfin le blizzard », comme on parle de survie… à rebours de toute niaiserie. Une voix frêle, mais alerte, un cœur qui bat trop vite, Fauve c’est aussi « The boy with the perpetual nervoussness » et le génie d’avoir su conserver les imperfections pour chatouiller la perfection. Beaux, même nus. Une nouvelle forme de rap est en train de naître, une sorte de raggamuffin blanc qui prescrit avec force et autorité, une marche inédite et « désespérément optimiste » vers une sobriété heureuse. Fauve c’est « une béquille et une lanterne à la fois, une quête et la narration de cette quête ». A l’évidence, il se joue ici quelque chose de vital et viscéral, bien au-delà des consensus et des querelles de bac à sable pour savoir qui a la plus longue dans le rock français. L’objectif est clairement posé, construire quelque chose de thérapeutique dans un langage épidermique pour « chercher la porte d’un nouveau monde et pouvoir si fondre en grand (…) tenter de faire gauler la lune, (…) AGRANDIR la Vie ». Le cri d’une génération Y qui opère à l’arme franche. L’adhésion aussi à la croyance inébranlable selon laquelle l’amour peut rafler la mise dans ce monde.
Mais combien de cordes ont-ils à leurs âmes ?

Ils ont 27 ans, âge rock. Tous ont travaillé à côté, pour payer le loyer. Avocats ou cadres dynamiques le jour, fauves la nuit, vivant la musique comme un « masque ». Emmené par un impressionnant leader, ahurissant de tonicité, qui parcourt la scène de part en part, dopé par des textes à haut débit exprimant les tourments d’une société en crise. Fauve, c’est un collectif de quatre musiciens, d’un vidéaste et de vous. Le compte est bon. Lorsque le cœur se sent enfin libéré du poids de sa timidité observatrice et dérangeante, la langue s’enivre de ses audaces. Caustique et puissant. « Trouver le mot juste, ça m’entête » ajoute le chanteur, qui adopte naturellement l’exigence de l’artiste, et il en a aussi le talent. Véritable sismographe, à travers cette prose percutante on sent battre le « poux » du monde, alias la perplexité et l’ennui de toute une génération, ligotée par ses craintes et ses doutes, qui a défaut d’inspiration, se fige dans ses aspirations illusoires. Fauve c’est une voix qui crie à plein poumon ce que nous vivons en silence et refuse ce destin de masse. Une sorte de procès à charge aussi contre Paris, capitale des solitudes et l’âpre réalité de son rouleau compresseur. Le souci d’authenticité a eu raison de la pudeur. « On n’est pas hyper malheureux, juste pas vraiment heureux (…) On aspirait à plus, parce qu’on est sensible et pas très résistant à l’effort social (…) Aujourd’hui on a tous quittés nos boulots pour se consacrer à Fauve à plein temps », qu’ils considèrent comme un collectif inclusif et artisanal, un créer ensemble communautaire et fédérateur. Leur projet a des allures d’utopie moderne, incarné par les prophètes d’un nouveau romantisme qui mélange les corps et les sexes. « On a créé ce projet pour vider le trop plein, pour réagir et ouvrir notre propre chemin et on construit tout ça avec toute la sincérité dont on est capable». On y aime les « ils », les « elles » et les îles.

Qui peut se vanter d’avoir les honneurs d’une première page dans Le Monde après seulement sept concerts gratuits, quatre clips lâchés sur you tube et une poignée de titres offerts en téléchargement libre et surtout aucun album encore disponible ? « Fauve : c’est qui veut. Et si ça se trouve demain on sera nombreux ! ». Ceux-ci refusent néanmoins de se faire photographier, de dire leur prénoms. « On trouve qu’il y a quelque chose d’impudique là-dedans. On se dévoile tellement dans les textes, que mettre notre gueule en gros plan en plus ce serait trop. C’est plus facile d’annoncer quelque chose à quelqu’un par texto ou par mail qu’en face, là c’est pareil ». Fauve c’est une problématique étendue à toute une génération qui cherche une porte de sortie et quelques grammes d’humanité dans une société où le travail broie et où le sexe est sans âme. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de remettre en cause les acquis sociaux de la modernité, mais simplement d’apprendre à les gérer avec une maturité nouvelle. Et pourquoi ne pas vaincre cet individualisme contemporain que l’on nous vend par tous les bouts mais qui finalement ne se réduit qu’à un creux narcissisme. Tentative audacieuse de « remarier » le Ying et le Yang, la nuit et le jour, le féminin et le masculin, l’intime et l’universel, l’attente et l’action,… avec toujours cette conviction que le bonheur est devant.

Enfin, là où les Gaspard Proust et autres « saltim-banques » en costard s’enlisent dans un cynisme aussi brillant qu’infécond, Fauve conjugue les talents à l’infini, récite le monde et ramasse dans ses filets tous les mouvements sociaux de notre époque. Là où « l’art » d’aujourd’hui se résume trop souvent à déverser son mal-être dans l’espace public, Fauve prend ses responsabilités en offrant un kaléidoscope coloré de sensations intenses et profondes, une candeur curative, assaisonnée d’une prodigieuse disposition à l’espoir qui tatoue l’âme en série illimitée. Un peu comme si on se remettait d’une vilaine cuite, fini le coup de barre, le cafard et les coups d’un soir, on a envie de se lever et de danser sur les tables de cette société bancale, partir sans payer. On n’a plus rien à perdre, justement parce qu’il n’y a jamais rien eu à gagner.
En six mois seulement le groupe surexcite les professionnels et a reçu davantage de propositions de maisons de disques que certains chanteurs dans toute une vie. « Indés » jusqu’au bout de la queue, le collectif a décliné les offres de plusieurs labels et majors, mais vient de signer avec Asterios, l’un des plus importants tourneurs du pays. A la suite de ses 14 premiers concerts, Fauve tient déjà le haut du pavé, invité du dernier Printemps de Bourges, puis de nombreux autres festivals cet été (Rock en Seine, Les Eurockéennes, Les Francofolies,…), tête d’affiche au Bataclan le 7 juin dernier (2013), quelques jours à peine après la sortie de leur fertil EP de printemps, auto-produit « Blizzard », le 20 mai dernier. Dans quelques jours ils s’envoleront pour Montréal (Francofolies et Le Métropolis).
« Haut les coeurs ! », vous êtes bien entourés…

Art-icle expiré par Barbara pour Moodsto©k

LOGO-FAUVE13

infos et concerts :
http://fauvecorp.com
http://fauvecorp.tumblr.com
contact presse :
www.melissa-promotion.com