« FAIRE L’AMOUR » – ARNAUD DESJARDINS

PURE SELF

 

Extraits de « Les Chemins de la Sagesse » d’Arnaud Desjardins
(2ème partie / chap. 4 « Faire l’amour »)

«Traditionnellement, le principe féminin est la potentialité ou la possibilité et le principe masculin la force activante ou fécondante. La femme a besoin de l’homme non seulement pour procréer physiquement mais pour procréer spirituellement, pour croître intérieurement. Inversement, l’homme a besoin de la femme pour agir, pour passer de la puissance à l’acte. On rencontre autant de destins d’hommes dégradés que de destins magnifiés par une femme et ce thème se retrouve dans d’innombrables mythes de toutes les cultures.
(…)
L’amour de l’homme et de la femme est un sujet dont on peut difficilement parler sans malentendu. Il est tellement ressenti à travers les frustrations, les peurs, les refoulements, les préjugés et surtout l’égoïsme de chacun qu’une longue maturation est nécessaire pour l’envisager en adulte véritable. Ce que nous cherchons au-dehors est en nous mais nous croyons que cela nous manque. Dans le langage des amants : « Je t’aime » signifie : « Aime-moi ». Chacun, aujourd’hui, étouffe tellement et de plus en plus dans l’étroite prison de son ego que le besoin s’impose d’un éclatement, d’une impersonnalisation. L’amour, même le « grand amour », est celui de deux egos, limités, définis, individualisés, mais qui veulent dépasser leurs limites. Aimer ne signifie pas désirer le corps de l’autre mais comprendre son essence. L’amour demande tout simplement beaucoup d’intelligence et beaucoup de sympathie.

L’amour est le renoncement à soi de celui qui sait qu’il ne peut se retrouver qu’en se perdant. Se livrer, c’est se délivrer. L’amour brise la limitation de l’individualité ou de l’ego, du nom et de la forme et nous réintègre dans l’Unité. L’union sexuelle est le don total de soi, conscient, inconscient, supra conscient, corps physique, corps subtil, corps spirituel. Faire l’amour, c’est se donner. Mais pour pouvoir se donner il faut d’abord s’appartenir. « Je t’aime ». Qui aime qui ? Un « je » total, unifié, ou un « je » partiel qui n’engage qu’une petite partie de l’être ? Un être qui ne peut pas se donner pourra réussir dans de nombreuses entreprises mais l’échec de sa vie sexuelle demeurera le témoin de son échec intérieur, de ses conflits et de ses craintes. Un être peut se donner s’il est sûr de lui, pas si inconsciemment, il se sent inférieur ou s’il a peur. Cela dit, c’est lorsqu’un des conjoints souffre d’une difficulté d’ordre sexuel que l’amour conscient de son ou de sa partenaire peut faire le plus beau miracle : rendre à lui-même un être « aliéné », devenu un autre.
L’épouse doit être à la fois une maîtresse, une sœur, une mère, une fille, une amie, une infirmière, une associée et un juge ; l’époux, un amant, un frère, un père, un fils, un ami, un infirmier, un associé et un juge. Le meilleur critère pour savoir si l’on s’aime et si on peut valablement se marier est de se demander honnêtement si toutes ces conditions sont remplies. Tous les mariages ne sont pas des échecs mais bien peu ont une valeur supra-humaine et ont apporté tout ce qu’au fond d’eux-mêmes l’homme et la femme attendaient.

balance

Cependant, il faut bien se garder de confondre l’amour et la fascination. La fascination, d’ailleurs souvent réciproque et partagée, est une attraction qui paraît irrésistible mais qui ne peut pas être durable. Elle est entièrement fondée sur l’ignorance et les mécanismes inconscients et elle secrète la crainte à longueur de journée. Cette fascination est toujours appelée amour ou grand amour alors qu’elle en est le contraire. Et surtout, la fascination exige de l’autre qu’il corresponde à l’image préfigurée que je lui impose, l’amour voit l’autre et accepte l’autre tel qu’il est. N’importe qui peut être fasciné. Mais pour aimer il faut déjà un niveau d’être élevé, la liberté vis-à-vis de ses fixations inconscientes et de ses projections, la maturité d’un véritable adulte, une connaissance et une maîtrise de soi qui ne viennent pas toutes seules, loin de là. La fascination ne peut jamais durer. Elle mène à la souffrance puis meurt…, jusqu’à la prochaine fois.
(…)
Chacun attend un certain mari ou une certaine femme dont il porte déjà inconsciemment l’image en lui, comme un metteur en scène qui cherche à distribuer un rôle dans une pièce. Le personnage existe, il faut trouver celui ou celle qui le remplira : un rôle particulier et non plus une fonction. Le mental, les émotions, les projections de l’inconscient s’en donnent à coeur joie et c’est l’extrême confusion, l’aveuglement, le mensonge et, bien entendu, la souffrance. Bien des amants ont cru de tout leur être qu’ils avaient été « créés l’un pour l’autre ». Quelques mois plus tard il ne demeure que l’amertume, la déception et la souffrance. On tue et on se tue par fascination, par amour on vit et on aide à vivre. La fascination fait de la séparation une torture, l’amour grandit avec l’éloignement. La fascination a besoin de dire « Je t’aime », l’amour le montre et le prouve sans le dire. La fascination demande sans cesse « Tu m’aimes ? ». L’amour a fait un ceux qui étaient deux. La fascination sait que la vie peut séparer les corps, l’amour sait qu’elle ne peut pas séparer les âmes. L’unité n’existe que là où il n’est plus question de prendre et de donner, où ce double mouvement a été neutralisé.
(…)
L’amour devient réellement une participation et une méditation. Rien n’est cherché. Tout est reçu dans une disponibilité totale à l’inconnu et à la découverte. L’orgasme qui est généralement considéré comme une fin, un achèvement, se révèle au contraire un commencement, une ouverture sur un état intérieur de communion et de contemplation, dans lequel la conscience est dégagée du fonctionnement psychomental. Le bonheur conjugal est alors fait d’une réconciliation et d’une harmonisation avec l’ordre cosmique dans lequel l’homme et la femme s’insèrent ».