EN ATTENDANT BOJANGLES – OLIVIER BOURDEAUT

LITTERATURE

 

« Ceci est mon histoire vraie, avec des mensonges à l’endroit, à l’envers,
parce que la vie c’est souvent comme ça »

- O.Bourdeaut.

 

Formidablement rétro “En attendant Bojangles” est l’heureux événement de la rentrée d’hiver. Son titre s’inspire de la célèbre chanson de Nina Simone. Salué par la critique, le public et les libraires, raflant tous les prix du genre, le livre s’est déjà vendu à près de 90 000 exemplaires, et a été acheté par près d’une dizaine de maison d’édition dans le monde avant même sa parution, le 7 janvier dernier.
Un premier roman friandise, gai comme un jour de fête, doux comme un bon bain chaud. Pour l’ambiance littéraire, imaginez Jacques Prévert, Raymond Queneau et Roald Dahl se dandinant autour du pianocktail de Boris Vian. Une fable pétillante d’une loufoquerie d’autant plus irrésistible qu’elle est intelligente et maîtrisée. En effet, le style d’ Olivier Bourdeaut est d’une simplicité opérante. Chaque phrase renferme pourtant un jus délicieux faisant presque ombrage au tragique de l’existence qui traverse le récit avec une légereté transcendée. Le lecteur est aussi de la fête.
Rien d’étonnant : l’histoire est universelle et la manière, faussement naïve. Un homme, qui est resté un grand enfant, s’agenouille à hauteur d’enfance et observe ses parents en contre-plongée. Il se souvient de leur fantaisie contribuant à la création d’un monde foisonnant d’inventions.

Un récit raconté à deux voix dans lequel le père et le fils assistent impuissants et complices, à la douce démence d’une mère extravagante, gentiment fêlée qui entraîne sa famille dans le tourbillon poétique de sa folie. C’est elle qui donne le ton, qui mène le bal. Elle aussi qui a adopté un quatrième membre de la famille, Mlle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. Des parents formidables, totalement irresponsables. Manifestement, être adulte n’est qu’une posture ; “botter le cul à la raison” tout un art. L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom. Jusqu’au jour où le réel vient méchamment cogner contre le merveilleux. “We’d jump so high, then we lightly touch down?”. La santé psychique de la mère se dégrade au fil du temps, mais la fête continue.
« En attendant Bojangles » vous fera passer par les stades les plus délicieux de l’ivresse. Une écriture étourdissante où explose à chaque page le bonheur de vivre. Dans son écrin pourtant brûle l’enfance : ce monde fragile mais indestructible.

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Un mot sur l’auteur

Olivier Bourdeaut entre en littérature après avoir longtemps hésité avant de se mettre à écrire, se sentant tout petit devant sa bibliothèque. En attendant Bojangles est un premier roman dans lequel il fait sourire les larmes et pleurer l’allégresse. Après 35 ans de galère et de petits boulots, l’auteur se dit être un imbécile heureux qui écrit à l’aube jusqu’à ce que le café et les cigarettes lui fassent tourner la tête. Audacieux, il annonce son succès à la fin du roman de manière quasi-prophétique : “ Les gens lisaient Bogangles sur la plage, dans leur lit, au bureau, dans le metro, tournaient les pages en sifflotant…”. Au bout de la patience, il y a le ciel. Olivier Bourdeaut est la révélation de la rentrée littéraire.

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Morceaux choisis

« Je n’ai jamais bien compris pourquoi, mais mon père n’appelait jamais ma mère plus de eux jours de suite par le même prénom. Même si certains prénoms la lassaient plus vite que d’autres, ma mère aimait beaucoup cette habitude et, chaque matin dans la cuisine, je la voyais observer mon père, le suivre d’un regard rieur, le nez dans son bol, ou le menton dans les mains, en attendant le verdict »

« Un jour par an seulement, ma mère possédait un prénom fixe. Le 15 février elle s’appelait Georgette. Ce n’était pas son vrai prénom, mais la Sainte-Georgette avait lieu le lendemain de la Saint-Valentin. Mes parents trouvaient tellement peu romantique de s’attabler dans un restaurant entourés d’amours forcés, en service commandé. Alors chaque année, ils fêtaient la Saint-Georgette en profitant d’un restaurant désert et d’un service à leur seule disposition. De toute manière, Papa considérait qu’une fête romantique ne pouvait porter un prénom féminin »

« J’allais prendre congé de cette belle assemblée lorsqu’une jeune femme, la tête emplumée, en robe blanche et légère, tenant à l’extrémité de son bras ganté, le coude levé et la main inclinée, une fine et longue cigarette non allumée, se mit à danser les yeux fermés. Alors que l’autre main jouait avec un châle en lin blanc dans une frénésie de mouvements qui le transformait en partenaire de danse vivant, j’étais resté fasciné, par l’ondulation de son corps, les mouvements cadencés de sa tête remuant les plumes de sa coiffe, ce drôle de toupet qui virevoltait silencieusement. Alternant au gré des rythmes entre la grâce d’un cygne et la vivacité d’un rapace, ce spectacle m’avait laissé bouche bée et pétrifiée sur place (…) J’étais donc arrivé à ce moment si particulier où l’on peut encore choisir ses sentiments »

« Puis, lorsque le dernier quartier ensoleillé disparaissait derrière le sommet de la montagne, Bojangles retentissait, porté dans l’atmosphère par la voix douce et chaude de Nina Simone et l’écho de son piano. C’était tellement beau que tout le monde se taisait pour regarder Maman pleurer en silence. D’une main j’essuyais ses larmes, et de l’autre je tenais les siennes. C’est souvent dans ses yeux que je voyais les premiers feux exploser après le sifflement du décollage. Les premiers bouquets dispersant leurs couleurs dans le ciel prenaient la direction opposée en se reflétant dans le lac. Ces feux d’artifice siamois laissaient tout le monde bouche bée, pantois, puis, petit à petit, les applaudissements se faisaient entendre; timides comme des clapotis au départ pour ne rien troubler, il ne cessaient de s’amplifier pour se mêler avec les pétarades colorées »

« C’était la sonnerie de la porte qui avait révélé la nouvelle nature de ma mère. Ou plutôt celui qui avait sonné. Avec ses joues creuses, son teint particulier que seul peut donner le travail de bureau, et un sens du devoir qui avait déteint sur sa gabardine, l’inspecteur des impôts et de la fiscalité avait expliqué à mes parents qu’ils avaient oublié de payer depuis très longtemps, tellement longtemps qu’il avait un gros dossier sous le bras, parce que sa mémoire ne suffisait pas (…) Mais la pipe de Papa tomba au moment où l’homme de l’impôt annonça le montant, plus les poussières pour les retardataires. Rien que les poussières c’était gigantesque, alors le montant c’était renversant »

« Après son choc fiscal, ma mère avait retrouvé son comportement d’avant. Enfin presque. Parfois lors des dîners, elle était prise de fous rires interminables et finissait recroquevillée sous la table, en applaudissant sur le parquet (…) le problème avec le nouvel état de Maman, c’est qu’il n’avait pas d’agenda, pas d’heure fixe, il ne prenant pas rendez-vous, il débarquait comme ça, comme un goujat »

« Les gens lisaient Bojangles sur la plage, dans leur lit, au bureau, dans le métro, tournaient les pages en sifflotant, ils le posaient sur leur table de nuit, ils dansaient et riaient avec nous, pleuraient avec Maman, mentaient avec Papa et moi (…), c’était vraiment n’importe quoi, parce que la vie c’est souvent comme ça, et c’est très bien ainsi ».