DE L’ESPRIT D’AVENTURE – G. Chaliand, P. Franceschi, J-C. Guilbert

LITTERATURE DE VOYAGE

 

Qu’est ce que l’esprit d’aventure ? Quelle est son importance pour l’individu ? Quel rôle joue-t-il au sein des sociétés ? Souvent restreint à l’exploit sportif ou à l’exploration, la notion d’esprit d’aventure est pourtant bien plus large. Dans ce dialogue à trois, les auteurs partent en quête de l’essence même de cet esprit, revisitant l’histoire des sociétés et interrogeant leurs propres parcours.
« Le voyageur lucide s’aperçoit très vite qu’il s’est trompé s’il pensait voyager avant tout d’un point de vue géographique. Il constate que son premier « déplacement » est intellectuel. Et que ce déplacement-là peut se révéler bien plus déstabilisateur que la relative fatigue du déplacement physique » – P. Franceschi.
Aux côtés de personnages réels ou de fiction – Galilée, Kant, mais aussi Ulysse ou Don Quichotte -, ils redéfinissent les liens entre action et réflexion qui ont permis d’élargir le champ de la connaissance. « Ce qui m’intéresse dans l’héroïsme, c’est la capacité d’endurer l’insécurité sur le long terme mais pas du tout l’action d’éclat «  – G. Chaliand. L’esprit d’aventure n’est donc pas un mode d’existence comme l’est l’aventure, mais plutôt un état d’esprit sur la manière d’exister. Un révélateur de personnalité…

Gérard Chaliand est géostratège, poète et écrivain politique. Il a publié des dizaines de livres et donne des conférences dans le monde entier.

Patrice Franceschi est écrivain, aviateur et marin. Capitaine du trois-mâts La Boudeuse, il est l’auteur de nombreux romans et récits, notamment La Folle équipée.

Jean-Claude Guilbert est reporter-écrivain. Il est l’auteur de romans historiques inspirés de ses nombreux voyages.

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Entretien avec Patrice Franceschi (KTO) :  cliquez ici

Art-icle expiré par Barbara pour Moodsto©k

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Morceaux choisis

 » Précisons d’emblée que l’esprit d’aventure ne concerne pas seulement ses manifestations physiques mais aussi celles des aventures de l’esprit »

 » Le goût du risque est ce qui caractérise ce que l’on appelle en anglais les path fnders (…) Ce goût du risque et de l’innovation est souvent opposé à l’esprit du temps »

 » Pour que l’homme franchisse les étapes de son évolution, progresse, découvre, se libère, invente, se révolte, bref, pour qu’il aille toujours un peu plus loin et devienne davantage homme, il fallait que l’esprit d’aventure souffle en lui »

 » Le risque choisi consiste à se mettre mentalement l’épée derrière les reins et à s’obliger à être en état d’exception »

 » Endurer l’insécurité sur le long terme, c’est la définition même de ce qui est nécessaire pour affronter le risque, l’aventure et, d’une façon générale, toute innovation qui dérange un ordre »

 » Dès qu’on se met soi-même dans une situation difficile, il y a un prix à payer. Néanmoins, celui ou celle qui se lance dans cette aventure le fait par choix et assume la souffrance intellectuelle ou physique, l’accepte dans la mesure où il, ou elle, a placé quelque chose au-dessus de soi-même : sa passion »

 » Le rêve éveillé voisine aussi avec l’intuition, cette saisie directe d’une vérité sans le passage par la raison (…) Le rêve est ce qui fait s’évanouir les limites et transfigure l’obstacle en défi »

  » Je n’ai pas eu de motivation, ça a été un élan vital. Je n’ai pas réfléchi, j’ai été transporté, projeté vers l’action (…) « Révolution personnelle » convient mieux à ce qui permet de naître véritablement à la vie désirée »

 » Mais je considère que je ne me suis évadé pour de bon que le jour où j’ai commencé à exister en me fixant comme projet mes propres rêves. C’est cette évasion-là qui compte en réalité »

 » (livres) Ils m’ont appris que c’était ce qu’ils contenaient qu’il fallait poursuivre au-delà de leurs pages (…) Il y a des lectures qui provoquent un voyage réel et une réelle envie de vivre une situation décrite par le livre. Ces derniers servent bien souvent de préface à nos actions.

 » Impuissants dans notre volonté à transformer le monde, nous pouvons au moins nous transformer nous-mêmes pour nous mettre en conformité avec ce que nous aurions voulu changer dans le monde (…) Bien humblement, j’avoue que ce combat contre moi-même est la seule compétition qui m’intéresse. Dit autrement, cela revient au combat éthique »

 » En d’autres termes, si l’esprit d’aventure n’existait pas, les hommes resteraient séparés en deux catégories : les hommes d’action d’un côté, les hommes de réflexion de l’autre, chacun amputé d’une possibilité de compréhension du monde »

 » N’avoir que peu de besoins et ne pas souffrir du manque est le premier luxe de la liberté, le second étant de ne pas être sensible à la considération sociale que procure la possession des biens de ce monde. Mais il faut encore aller au-delà, il faut parvenir à jouir de ce dépouillement, en faire une fierté, car il est bon de dépendre le moins possible du monde extérieur »

 » Un dernier aveu : j’ai toujours considéré que le dépouillement matériel était l’une des conditions pour l’acquisition des richesses intellectuelles, morales et sentimentales. Seul ce dépouillement permet de laisser assez de place en soi pour autre chose »

 » C’est vraiment ce que l’on peut appeler une expérience initiatique, ce qu’il serait bon que tout jeune homme ou toute jeune femme connaisse avant d’entrer dans la vie active (…) Surtout pour les jeunes. Cette certitude de servir à quelque chose de sérieux n’est pas facilement donnée dans notre société »

« J’ai fermé ma gueule, mais j’ai ouvert mon esprit (…) Un « A » majuscule pour les trois dimensions que je voulais mettre dans ma vie : Aventure, Art et Amour »

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