DALI, LE DIVIN SCANDALE (Dossier Part. I)

Exposition au Centre Georges Pompidou – Paris / du 21 Novembre 2012 au 25 mars 2013

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Salvador Dali est à l’honneur pour une rétrospective inédite : des Montres Molles au Grand Masturbateur, près de 200 œuvres consacrent actuellement à Beaubourg le talent de l’une des figures les plus magistrales et controversées de l’histoire de l’art moderne. Cette fabuleuse exposition célèbre le dialogue entre l’œil et le cerveau du peintre, proposant ainsi une redécouverte des différents travaux qui ont façonné toute une génération et permis une lente révolution sexuelle et intellectuelle. D’une curiosité insatiable, il traverse d’incessantes phases artistiques et intellectuelles, interrogeant la figure de l’artiste face à la tradition. Souvent dénoncé pour son cabotinage, ses prises de position politiques provocatrices et ses apparitions télévisées, il demeure un artiste qui n’aura jamais trouvé sa place au XX siècle, se considérant comme un artiste classique ayant eu la malchance de tomber dans une basse époque de son art.

Salvador Dali  naît en 1904, à Figueras (Espagne), neuf mois après le décès de son frère aîné, également nommé Salvador. Ses parents affirment qu’il en est la réincarnation. « Toutes mes excentricités, toutes mes incohérences sont la constante tragique de ma vie. Je veux prouver que je ne suis pas le frère mort, mais le vivant », écrira-t-il. L’amour surprotecteur dont ses parents le gratifièrent encourage le développement d’un tempérament instable et égoïste, et renforce un profond désir de prouver son unicité dans le monde. Très tôt, il manifeste une attirance pour l’art figuratif et la peinture révélant déjà sa personnalité originale et inspirée. Il suit des cours particuliers de dessin et commence par transformer le paysage naturel de sa région natale en un paysage mental universel. A l’âge de 16 ans, il perd brusquement sa mère, «  je ne pouvais pas me résigner à la perte d’un être avec qui je comptais faire invisible les inévitables tâches de mon âmes ». Dalí est admis à l’Institut San Fernando, l’École des beaux-arts de Madrid en 1921, mais en sera exclu un an après en raison de son fort esprit contestataire.

300px-Salvador_Dalí_1939Sous l’influence du poète Federico Garcia Lorca et du cinéaste Luis Bunuel, qu’il fréquente à la Residencia Estudiantes de Madrid dès 1922, son œuvre s’oriente peu à peu vers une nouvelle objectivité, non moins poétique. Au contact de Lorca et de Bunuel, Dali se consacrera très largement à l’étude des textes psychanalytiques de Sigmund Freud, qu’il considérera comme l’une des découvertes majeures de sa vie. Cette nouvelle forme d’expression trouvera son accomplissement notamment à travers sa collaboration avec Luis Bunuel au film Un chien andalou, en1929. Picasso fut une sorte de grand frère qui lui fit bon accueil quand il arriva à Paris. Dans son ivresse mégalomane, Dali cherchera toute sa vie à se confronter à lui, seul artiste contemporain auquel il reconnaissait un génie au moins égal au sien.

La rencontre de Dali avec, Gala, sa femme, muse et principal conseiller se produit au même moment que le tournant majeur de sa carrière : son adhésion au mouvement surréaliste, qui libère son extraordinaire puissance créatrice. Il se livre alors à toutes sortes de transgressions dans des peintures minutieuses où chaque détail compte : invisibilité du père, mère blasphémée, masturbation, amollissement des objets. Naît alors un monde d’ambiguïtés où les certitudes se dérobent. La méthode paranoïaque-critique dont il revendique la paternité permet par l’inversion d’accéder au subconscient en libérant les énergies créatrices auprès du plus large auditoire possible. « Il est important pour un artiste d’avoir un sens développé du cosmos. Je suis beaucoup plus important comme génie cosmique que comme peintre », déclare-t-il. En 1931, il peint « La Persistance de la mémoire » populairement connue sous le nom des « Montres molles », allégorie de l’immortalité, illustre le refus du temps comme entité rigide et déterministe.1939 verra la publication de sa « Déclaration d’indépendance de l’imagination et des droits de l’homme à sa propre folie », manifestement marqué par ses récents voyages aux Etats Unis et surtout par sa rencontre avec Sigmund Freud, l’année précédente à Londres.

salvador-dali-Une du Times déc. 1936@Man Ray

A partir des années 40, les propositions artistiques et commerciales pleuvent aux Etats-Unis. Le musée d’Art moderne de New York lui donne sa première exposition rétrospective en 1941. Tandis que sa renommée et sa mégalomanie s’installent durablement (on parle désormais de surréalisme « d’avant » et « d’après » Dali), il devient la cible de vives critiques, lui valant l’anagramme de « Salvador Dali – Avida Dollars ». On l’accusera alors de troubler la frontière entre l’art et un exhibitionnisme rémunérateur. Cette aversion ne prendra fin qu’avec l’avènement du Pop art – dont il deviendra une figure de proue – qui assumera pleinement cette confusion . « Les antidaliniens sont les agents les plus efficaces du culte de ma personnalité » dit-il. Durant cette période, Dali ne s’arrête jamais d’écrire, en 1942 il publie son autobiographie – « La vie secrète de Salvador Dali ».

Très marqué par Hiroshima et Nagasaki, 1945 célèbre le passage du « Dali de la psychanalyse » au « Dali de la physique », qui découlera sur son « Manifeste nucléaire ». Durant cette période charnière, il poursuit la quête éperdue de son propre mystère à travers une oeuvre envoûtante, versatile et étonnement vivante. Affirmation vibrante de son humanisme, il réussit à asseoir sa peinture et ses expérimentations sur une improbable convergence entre la science la plus « dure » et l’irrationalité la plus forte, qu’il baptisera le « mysticisme nucléaire ». Mais son intérêt pour la science n’est pas un simple écrin de fumée : «  Je sais que je ne sais rien, c’est pourquoi j’ai moins de possibilités de me tromper que les scientifiques ». Ces fantasques démonstrations laissent perplexe tant par l’arrogance du propos que par le caractère fascinant de leur prédicateur. Au-delà du brio de la mise en scène, il faut bien admettre qu’entre ses gouttes de folie se dévoile une philosophie visionnaire qui retient l’attention

 Art-icle expiré par Barbara pour Moodsto©k

 

Morceaux choisis :

- « Le désastre de la peinture contemporaine est la condition d’une nouvelle renaissance spirituelle. Ma mystique nucléaire est une prophétie de ce nouvel état d’esprit mystique qui se produira fatalement, le jour où les gens auront conscience de la transformation sensorielle de cette nouvelle idée de la discontinuité de la matière ».  (Entretien avec S.D en français – 1958 à vérifier).

- « A l’époque de la découverte de la poudre, la science ironisait Dieu, tandis que la science moderne nous montre Dieu pour la première fois ».

Vous suivez toujours ???

Et lui de ponctuer le débat : « La différence entre Dali et un fou, c’est que Dali n’est pas fou »,  « Tout m’influence, mais rien ne me change ».

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Salvador Dali fou le bordel ! La journaliste est d’une patience sans nom, c’est divin … (1975)

 

 

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Exposition jusqu’ au 25 mars 2013 au Centre Georges Pompidou, 19 rue Beaubourg – 75004 Paris
http://www.centrepompidou.fr

 

(Suite du dossier : « Dali, le divin scandale » – Part. II – à partir du 8 février 2013 sur Moodstock.fr)