CRAZY INDIA (Part. 4) : SOUTH INDIA

VOYAGES

 

 Soul stirring

L’Inde du Sud joue un jeu égalitaire : débordante de générosité, rares sont les endroits sur terre qui parviennent à enflammer l’imaginaire avec une telle intensité. Elle n’en mobilise pas moins vos nerfs et votre énergie. Tel un gigantesque parc d’attraction, elle offre une large palette de sensations, son lot d’inspirations et de frustrations. Risquer de s’y perdre, c’est aussi risquer de s’y retrouver… Ceux qui sont naturellement dotés de patience, la perdront et ceux qui en étaient dépourvus, là-bas, en gagneront. Multidimensionnelle, l’Inde vous fait et vous défait sans ménagement. Une diversité ensorcelante, une dimension énigmatique. Difficile de décrire le « syndrome de l’Inde » avec plus d’acuité ; qu’on l’aime ou qu’on la déteste, elle vous bouscule jusque dans les profondeurs de votre être. Le désordre ça se vit, ça ne se raconte pas. Bref ! Un voyage de tous les sens…

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Kuddle Beach – Gokarna © Moodstock

25 °C / 5h du matin – Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, Hampi est une enclave préservée de tous les vices de la modernité. Irréelles et envoûtantes, ses ruines désolées ensorcellent dès le premier regard et en font l’un des sites archéologiques les plus prisé au monde. Il y a ici quelque chose qui me dépasse autant qu’il me précède. Admirer les caprices de la nature et prendre acte de ses millions d’années d’activité volcanique et d’érosion me fascine. D’énormes rochers tiennent en équilibre précaire sur des kilomètres de terrain et on a le sentiment d’arriver sur un champ de bataille vieux de plusieurs ères. Un peu comme si Dieu y avait brusquement interrompue une session de Lego… Nature impérieuse, temples roses et palais en ruines, hordes d’éléphants et rizières romantiques, Hampi propose un anachronique décor de cinéma. Sa beauté picturale au crépuscule dope votre imaginaire de nouveaux moyens de transport… et c’est tout juste s’il ne serait pas banal ici de voir surgir des tyrannosaures. Emouvant également le bain quotidien, non moins matinal (6h) de l’éléphant sacré, Lakshmi, dans le fleuve, sous la surveillance d’une armée de singes agiles et taquins. Timide et effacé fort heureusement, l’ours lippus rode dans un périmètre de 15 km aux alentours de la cité.

Photos by Moodstock


Indian trains

38 °C – Pour les amoureux du chemin de fer, le sous-continent est un terrain de jeu fantastique. 64 000 km de rails, 13 millions de passagers chaque jour. En cette période de Kumbh Mela, les trains sont pris d’assaut par des millions de pèlerins qui ont économisé des années pour s’entasser dans ces convois et dormir dehors à même les quais, tant les prix ont décuplés durant la période sainte. On m’avait dit que le train en Inde était une expérience de vie inoubliable… « Yes, indeed ». Et comme je n’ai rien réservé, je voyage en 3è classe non climatisée, … Indian style sans fioriture ! Au rythme des rails, la quiétude et la bonne humeur me gagnent. Je regarde inlassablement par la fenêtre défiler le paysage de mon âme. Au fil des kilomètres, une certitude s’y dessine : le paysage extérieur est le reflet du paysage intérieur. Et à travers les lames métalliques striées des fenêtres, une clarté infiniment audacieuse s’est invitée dans ce wagon. Le soleil exulte. La nature offre son visage le plus authentique, luxuriante et généreuse, quel spectacle ! Véritable éloge de la patience, prendre le train en Inde revient à laisser le temps et l’espace à la vie d’écrire son propre scénario. L’atmosphère est à la langueur, voire à la sieste. Quel luxe, la contemplation…

On perd très vite la notion du temps et s’entêter à vouloir trouver le sommeil dans cette agitation permanente relève de l’utopie. Bousculée à chaque arrêt par les vendeurs de chaï, les vas-et-viens, la musique, les ronflements, les rots, les pets et autres réjouissances. Il faut réapprendre à être sale, vraiment très sale… Embrasser le flow de la vie et y aller de son seul sourire et de ses mains toujours très… sales, à l’opposé de notre formatage antiseptique. Pendant près d’une vingtaine d’heures nous allons tous vivre ensemble, nous engouffrer au fond du monde. Il y a des gens perchés à deux mètres du sol, allongés dans les portes-bagages métalliques, confort sur mesure… On voit ici trop de choses et l’on éprouve trop de sentiments contradictoires pour pouvoir écrire. Il ne reste plus un seul siège de libre, les gens s’empilent dans les couloirs. Mon expédition au petit coin me prendra la matinée. Dans l’encadrement de la porte des toilettes entre-ouverte, sont allongés au sol deux enfants en bas-âges, endormis miraculeusement malgré les secousses, olfactives notamment. Quelle épreuve que de devoir enjamber ces gamins, que le sommeil a heureusement anesthésié, sous le regard égaré de leurs parents. J’ai doublement mal au ventre… Terriblement difficile aussi de regarder la misère au fond des yeux, de s’expliquer avec elle et encore plus audacieux de tenter de lui servir un sourire à bonne hauteur, délicat et compatissant. Je crois qu’il faut parfois apprendre à vivre avec soi-même comme avec une foule de gens et oser plonger dans le cosmos pour s’apercevoir que la vie déborde de dons, même au fond de la détresse. Bercée au bout du monde, j’abandonne, ici au centre de la foule, mes principes et mes vieux réflexes d’indignée. Ce lien indéfectible avec l’autre qui caractérise les indiens est peut-être la clé qui leur permet de soutenir les caprices de cette vie avec une telle intelligence de l’âme, comme s’ils avaient un soleil accroché entre les côtes. Quel voyage… J’en oublie presque de descendre et me voilà sautant de ce train en marche avec tout mon chargement. Pas de « gingle » pour annoncer les stops. « Gokarna, me voilà ! ». Recouverte de poussière, pas l’ombre d’une égratignure… : « Namasté ! ».

J +7 / 41°C – Atmosphère paisible et unique à Allepey qui rivalise de beauté avec les backwaters du Kerala. Labyrinthe de près de 200 canaux et entrelacs, alimenté par les rivières, déferlant les montagnes toutes proches. On y longe des hameaux isolés sur d’étroites bandes de terre où la vie rurale continue comme jadis. Préférez la barque en bois au house boat, si vous souhaitez contribuer à la préservation de l’écosystème, déjà largement entamé par la vague touristique. A bannir également, la visite d’un camp d’entrainement d’éléphants sacrés dans la région de Cochin. Pure exploitation de l’animal par l’homme, détournée à des fins soit disant divines, cet épidode a connu en moi une matinée difficile. Trognes obtuses et méprisantes, on cherche un dernier vestige d’humanité chez ces cornacs imbibés, en vain. Envie de passer un coup de fil clandestin à WWF…
Goa et ses plages de sable fin, ses cocotiers et palmeraies, ses sunsets flamboyants accueillent une vague occidentale épicurienne aux tempes grisonnantes qui ravive ici ses instincts primitifs. Repliée du monde, elle y coule une retraite allègrement festive, six mois dans l’année, voir plus si affinités.

 

Tamil Nadu, mon amour…

Tamil Nadu @ Udai Panicker

Tamil Nadu © Udai Panicker

J + 4 – 4h40 du matin / 25 °C : Un petit bout de France à Pondichéry ? Dans cet ancien comptoir Français des maisons jaunes moutardes bordent les rues pavées et le petit déjeuner peut potentiellement s’accompagner de croissants… même si en pratique cela reste un peu compliqué, il faut s’armer de patience car le défi semble de taille. « Pondy » c’est aussi une ville tamoule typique, avec tout le bagage historique et culturel, la clameur et le chaos que cela implique. Embellie par des artistes français, fin des années 70, la ville inspire et expire un souffle « Bobo – New Age ». Dans la moiteur, ce matin, je dois dire que je ne me lasse pas d’observer depuis 5h le flot de « joggeurs » indiens défiler dans la pénombre, parés de passe-montagnes et de polaires, l’air appliqué et soucieux de leur indice de masse corporelle… une première. Il souffle sur la Beach Road une brise aux accents « west-coast » !
Près de six semaines après mon passage à Auroville, me voilà toujours incapable de me forger un avis sur la question… L’idée est belle, mais comme bien souvent la réalité n’a pas connue l’élévation escomptée, l’humain n’en restant pas moins humain, dans toutes ses possibilités et ses limitations.

J+2 – 39 °C / 12hFlanquée aux pieds du mont Arunachala, jonché de rochers, Tiruvanamalai représente le feu : c’est le seul endroit où Lord Shiva s’est manifesté sous la forme d’une colonne de feu, ce qui en caractérise sa représention par le lingam. De partout dans la ville on aperçoit le Rajagopuram, temple majestueux, d’une hauteur de 65 mètres, inclut dans l’itinéraire saint des sadhus. Cette tour est un témoignage du génie artistique de la dynastie des Vijayanagar.
Ambiance magique à l’ashram de Sri Ramana Maharshi. « Is there no difference between waking and dream ? ». Quelle sensation d’errer ici pieds nus dans ce sanctuaire de la self-inquiry, on sent son rythme cardiaque se relâcher pour ce qui sera sans doute son meilleur break ever... C’est un monde où les éternels chuchotements de la mystique se sont mués en une réalité vivante et où les objets et les mots de tous les jours, dans leur banalité, ont accédés à un sens supérieur. Tout est fluide ici, c’est la 5è dimension… On voudrait désormais consacrer sa vie à cultiver et réaliser cette belle harmonie.
Il y a quelque chose de malicieux dans l’air ici et malgré le speech commercial habituel on expérimente à nouveau la gratuité d’un sourire. Terre de contraste, couleurs saturées, « Tiru » accueille tous les orgueils du monde sans regards désobligeants. Ce matin un groupe de touristes a investi ma guesthouse à coups d’ I-pad, d’ I-pod, d’ I-phone, empreintes sonores et arrogance textile… T-shirts « Albert Combine & Fish » (pour ne pas citer de marque) qui tout à l’heure, côté rue, côtoieront les « Adidash » à 4 bandes et autres « Reebak » que les indiens arborent fièrement. Que c’est bon, dans l’arène de la mondialisation, de solder les conventions ! Et je dois bien admettre qu’à ce stade du deal, difficile de déterminer qui a eu qui ??? J’en demeure un témoin amusé…

Art-icle expiré par Barbara pour Moodsto©k

Photos by Moodstock

 

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« INDIAN MOOD… »

Movies
- « Hum Dil De Chuke Sanam » réalisé par Sanjay Leela Bhansali (1999) :  trailer
– « Goa » réalisé par Venkat Prahbu (2010) : trailer
– « Dehli Belly » réalisé par Abhinay Deo (2011) : trailer
- « Life of Pi » / « L’Odyssée de Pi »  – réalisé par Ang Lee (2012) : trailer
- « Des trains pas comme les autres – Inde du sud » – docu réalisé par Laurent Sbasnik : louer ou télécharger

Books 
– « L’Inde : histoire, culture et identité » by Amartya Sen
– « Malgudi days » by RK Narayan
– « Devdas » by Sarat Chandra Chatterjee
– « Les enfants de minuit » by Salman Rusdhie
– « Compartiment pour dames » by Anita Nair

Music
- « Manmohini Morey » ft. Aditya Rao & Shankar Tucker : listen
- « Guru Brahma » ft. Mahesh Vinayakram, S. Sundarkumar, P. Gabriel & Shankar Tucker : listen
- « Prem Joshua remixed by Maneesh Darbari NYC » : listen
- « Ray Man Shabad » by Snatam Kaur : listen
-  Sudha Ragunathan (mantra vocalist)