CRAZY INDIA (PART. 3) : MAGNETIC RAJASTHAN

VOYAGES 

 

Rajasthan, beauty and meaning…

Après une nuit inoubliable et revigorante du type « J’irai dormir chez vous » à Rishikesh, me voilà repartie. Direction :  the « Land of Kings ». Le Rajasthan et son florilège authentique. Un carrousel d’émotions qui m’a laissé songeuse des mois durant sur mon canapé parisien. Admirer les vestiges romantiques légués par la riche et glorieuse histoire de cette région emblématique. I can’t wait…

04h45 – Et c’est encore l’un de ces bus bolcheviques qui m’a miraculeusement parachutée à Poushkar de bon matin aujourd’hui, après une nuit agitée où l’on abandonne son sort au volant du tout venant, à défaut d’alternative. Le genre de caisse à savon familiale qui tient miraculeusement la route malgré la rouille. Pas de suspension manifestement, mais une reprise telle que votre estomac s’agrippe jalousement où il peut, à chaque virage… Les portes-bagages ont été transformés en couchettes (1m60 sur 60 cm / 18h de trajet) – l’Inde excelle dans le recyclage et l’art de la transformation. Mais si vous faites coulisser la porte en plexiglas de votre box (cf. placards muraux de salle de bain), vous réalisez les conditions de voyage des indiens, un étage plus-bas… Embarrassée me voilà, de voyager en 1rst.

Poushkar © Moodstock

Poushkar © Moodstock

Blottie autour d’un lac sacré, Poushkar a surgi là où Brahma (dieu créateur) aurait laissé tombé une fleur de lotus et abrite aujourd’hui l’un des rares temples dédiés à ce Dieu. Il y a pourtant des airs de Corse et de Toscane en ce haut lieu de pèlerinage aux édifices pastels. Une clarté majestueuse à en faire pâlir Rembrandt … avant même le coming out du soleil. Le lac est entouré de 52 ghats, qui permettent aux pèlerins de se baigner dans l’eau sacrée, dont l’un, rebaptisé plus récemment Gandhi Ghat, depuis lequel ont été répandues les cendres du Père de la Nation.

05h45 – Premières pujas (prières), percussions et autres chants dévotionnels. C’est l’heure de la toilette. J’ai l’impression d’assister au show le plus émouvant de ma vie… Absorber ces rituels et psalmodies autour des ghats de si bon matin, suffirait à me nourrir pendant des siècles. « Namasté ! … Excuse me ? … If i want a room now ? … Yes,… euh… No,… later please… i am watching the sunrise first… Dhanyavad !». Dans le chahut indien de ces dernières semaines, cela faisait bien longtemps que je n’avais plus expérimenté le goût de la récompense .

13h00 – L’artère centrale est un marché à cœur ouvert où l’on fait de jolies trouvailles : bijoux chatoyants, batiks, échoppes d’huiles essentielles, cuirs en tout genre, etc… On s’abandonne aussi volontiers dans les nombreux bookshop admirablement référencés. Tout l’héritage de la musique Rajasthanie, qui en fait un caviar si particulier, est exposé ici en pleine rue sous un soleil de plomb, prêt à vibrer. Cortège hypnotique et harmonieux de touristes et religieux. On y flâne sur des airs de new age, arborant un look hippie revisité. Tous en pijama dans les rues de Poushkar, on réapprend à se regarder dans les yeux, juste dans les yeux… Toilette morale salvatrice. Exit notre vision conventionnelle, les « ismes » et les chapelles qui divisent habituellement notre société. Ici, chacun est libre de s’exprimer avec pour tout vêtement la mince chemise de sa propre humanité.

Photos by Moodstock

J + 4 / 08h00 – Ce matin, sur le quai N°5 de la gare d’Ajmer (Poushkar) en partance pour Udaipur, je me sens d’une humeur téméraire. Voilà près de cinq semaines que je foule le sol indien et toujours pas un seul imodium au compteur ! A deux étapes seulement du « finish » peut-être parviendrais-je à réaliser le Grand Chelem sans assistance technique ? « Let’s take the challenge ! » et pourquoi ne pas tenter un fried dal (beignet au lentilles) cuisiné à même le quai ? Le cuisinier est si sympa et comme de toute façon en Inde, « nothing is fixed », le train arrivera bien assez tôt. On parle d’ici et d’ailleurs, le genre de conversation perchée à des années lumières des sourires spéculatifs et de cette courtoisie qu’on loue chez nous à la demi-heure. C’est tellement savoureux que je double la mise avec un aloo samosa (à la pomme de terre), avant de m’installer dans l’Udaipur-Express pour seulement 8h de transport cette fois-ci, une formalité désormais. On prend vite goût à ce joyeux bordel et il est déjà temps de reprendre le large. J’aime le mode de rencontre et d’ Au revoir en voyage, les visages défilent comme les paysages. On connecte en haute définition, puis on s’étreint le lendemain, comme sur le quai d’une gare au début du 20è siècle, l’œil pétillant de gratitude pour la beauté du moment partagé, en se souhaitant une vie heureuse…, « A une prochaine ! ». Si Dieu en décide ainsi et on se quitte pour une éternité certaine… sans lourdeur.

18h00 – Ambiance vénitienne, Udaipur, enveloppante et romantique, installée sur les rives du lac Pichola propose des sunsets féériques et ses palais somptueux. Le qualificatif de « lieu le plus romantique du continent indien » n’est pas volé. On se presse ici en masse pour célébrer à la fois wedding et honey moon. En soirée, le musée d’ Udaipur propose des représentations de danse rajasthanie et autres puppets show… Oh my god, c’est tout mignon, tout naïf, ce spectacle de marionnette, cela ravive le doux parfum de l’enfance, des arômes maternels. Certaines d’entre elles sont même plus sensuelles que les danseuses qui, les pauvres, se figent dans une  timidité maladive. Elles ont le regard fuyant, comme si elles redoutaient de se laisser embarquer dans une mauvaise valse. Ce n’est pas la grâce qui les étouffe les malheureuses. Au quatre coins du globe, la danse est bien souvent révélatrice du statut de la femme. Sentiment similaire à l’époque, à Bali, avec la Legong dance : minois et chignons impeccables, engoncées au millimètre près dans des sarongs affriolants, semi-sourire Colgate, féminité étudiée, sensualité calculée, orgie de couleurs et de diamants qui tapisse la détresse de ces femmes. A défaut d’exotisme, ce soir, je me sens privilégiée d’être née au bon endroit…
Ganesh © Moodstock

Ganesh © Moodstock

Desert knowledge

J + 3 / 12h30 : Aucun lieu n’évoque aussi bien le mirage des temps passés et les routes marchandes parcourues de caravanes de dromadaires que le gigantesque fort de Jaisalmer, terre de dunes bordée par le Pakistan. Enserrée par des remparts, cette sublime citadelle retient quelques 3000 âmes dans d’étroites ruelles et de somptueux haveli, taillés dans un grès couleur miel, d’où son surnom de « Ville dorée ». Difficile de faire l’impasse sur une excursion à dos de chameaux dans le désert de Thar… aux antipodes des safaris dubaïotes en jeep luxuriante et techno à fond les ballons. Le lendemain, pendant que mon vaisseaux du désert, Mr Magu, traine le sabot, je goûte à la quiétude de cette mer de sable, à 80 km à peine de la jonction entre le Sind et le Penjab (Pakistan) et je me dis que ça ne doit pas être de tout repos de partager sa frontière avec un pays dont le nom finit par «…stan ». Même si le rythme imposé par nos mammifères ralenti considérablement la rumeur du monde, les discussions vont bon train aujourd’hui, le tout, sur fond de concours de nouage de turbans, de cuisine à la scouts, confection de chapatis et vaisselle au sable pour économiser l’eau… très instructif tout ça !
Le top subject en Inde reste tout de même les castes et les mariages arrangés et on mesure un peu mieux chaque jour la frustration de cette jeunesse indienne, qui transpire dans tout son art. On me parle de manière détournée du spasme le plus vieux du monde… et moi je fais la conne, feignant un anglais limité. Les trois Sud-Coréens qui m’accompagnent écoutent religieusement « Con te partiro » d’ Andrea Bocelli comme s’ils venaient de découvrir le tube de l’été… Je me réfugie dans un « Nobody’s wife » d’Anouk, pas trouvé mieux comme paravent. Face à nos dissonances culturelles, ne chargeons pas trop la mule :  on finit toujours par en rire et me voilà adepte de ce que l’on appelle ici le « desert knowledge » : « … no chapati no tchai – no chicken, no curry – no money, no honey – no women, no cry – no honey, no worry – no hurry, don’t worry ». On est bien d’accord ! Le ciel est généreux ce soir et nous éclaire de ses plus beaux atours. Entre deux chatouilles de cafards, passagers clandestins de mon sac de couchage, je consens que sur cette même planète il y a autant de mondes que d’individus et ferme l’oeil sereinement.

J+3 / 17h00 – En me déposant à la gare de Jaisalmer, le rickshaw driver m’avait pourtant prévenue… : « Watch out, there are a lot of mosquitoes over here… ». Pas le temps de méditer sa phrase, il me faut trouver un petit coin de tranquillité dans cette marée humaine, assise parterre en tailleur par une chaleur écrasante. Seule occidentale, seule blanche sur ce quai aujourd’hui, minorité « visible » pour la première fois de ma vie, planquée derrière un sac plus gros que moi… Cela ne suffira pas à passer inaperçue. On aimerait se cacher dans un trou, disparaitre. Quelques minutes plus tard, me voilà encerclée d’une quarantaine d’hommes âgés de 12 à 77 ans, qui me scannent de la tête au pieds avec un regard lubrique, dans un silence scolaire et crispant. No distance de sécurité, un mètre cube d’oxygène à tout casser… Le genre d’abus que l’on pardonne aisément à des enfants de cinq ans. Les minutes s’empilent et s’éternisent. On voudrait sortir mécaniquement une cigarette, histoire d’échapper à cette stérilité, mais il me reste encore quelques atomes de savoir-vivre et de bon sens pour ne pas tenter un tel affront. Et c’est toujours quand vous avez envie de crier et de claquer tout le monde que vous tomber sur une perle, des coraux plutôt… Trois femmes sont venues m’encercler et disperser la foule dans un silence autoritaire… Une larme indisciplinée s’est frayée un chemin quelque part entre mes lunettes de soleil et ma joue et vient m’hydrater le genou :… time out.
Art-icle expiré par Barbara pour Moodsto©k
Photos by Moodstock

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« INDIAN MOOD… »

Movies
« Pather Panchali » by Satyajit Ray (1955) : watch full movie
- « Monsoon Wedding » by Mira Nair (2001) : trailer
- « Dhobi Ghat » by Kiran Rao (2011) :  trailer  / music by Gustavo Santaolalla : music making of

Books 
– « The White Tiger » / « Le Tigre blanc » – by Aravind Adiga
– « India After Gandhi »  – by Ramachandra Guha
– « City of Djinns » – by William Dalrymple
– « Bapi, l’amour de ma vie » – by Anoushka Shankar (Ravi Shankar’s biography)

Music
- « Challa » – Rabby Shergill : listen
- « Gates of Down » – Advaita : listen
- « Sea Dreamer » – Sting / Anoushka Shankar / Karsh Kale : listen
– « Breathing under water » – Anoushka Shankar : listen