CONFIDENCES A ALLAH – Saphia Azzeddine

LITTERATURE

 

Saphia-1-couvComment devenir libre quand tout vous destine à la soumission ?
Confidences à Allah est un témoignage sans détour sur l’oppression des femmes au Magreb. Récit poignant mais non moins attachant d’une jeune fille musulmane d’aujourd’hui, réduite au rang de servante par un père ignorant et brutal. Jbara est belle, mais elle ne le sait pas. Dans un village où les femmes ne sont rien, elle n’a pas encore appris que sa beauté est un pouvoir. Depuis sa plus tendre enfance, la prostitution est le triste loyer de son existence ; avec lassitude elle accepte de souiller son corps, parfois seulement pour quelques friandises, jamais son âme. Une libération s’esquisse cependant au milieu des tourments lorsqu’une valise tombe d’un car de touristes américains, qui lui révèle un autre monde. Une réconciliation aussi, peut-être – avec les hommes comme avec Dieu, sur lequel souffle une rage irrépressible. A la fois fidèle et rebelle, respectueuse et mutine, elle l’implore sans cesse, lui demandant pardon ou lui rendant grâce. Dans un monde qui, semble-t-il, ne voulait pas d’elle, Dieu est son seul confident. Déçue des hommes et la société qui l’enserrent dans un carcan cruel, elle s’adresse à lui sans cesse, sans jamais le défier ou le culpabiliser.

Tout en décrivant les pires dérives d’une société figée dans le patriarcat, hypocritement arc-boutée sur un islam caricatural, Saphia Azzeddine, lance un salutaire pavé dans l’Islam. Un petit roman percutant, 146 pages d’une longue prière bouleversante. Une plume directe sans chemin de traverse qui crève l’écran en posant une rage froide. Morceau choisi : « Le fkih, ce fils de pute, il lui a dit  (à mon père) que la chose la plus haram c’est de ne plus être vierge. Décidément ! Dans l’absolu, moi je ne vois pas ce que ça change d’être trouée ou pas, mais apparemment ce trou-là est au centre du monde depuis des milliers d’années. Ca obsède tous les bonshommes. Et c’est même pas le leur, bordel ! ». Et L’auteur d’ajouter : « De la maltraitance des femmes ce sont les hommes les responsables, il faut arrêter de culpabiliser Dieu qui n’est pas là pour répondre » (Elle). Véritable démonstration de foi, la poésie, l’humour et la tendresse affluent sans prévenir dans ces « confidences » aussi délicieuses que contrastées. Ce roman nous traverse littéralement ; difficile de garder jalousement les secrets de Jbara, on le partage volontiers.

 

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Saphia Azzeddine est écrivain, scénariste et cinéaste. Son premier roman, Confidences à Allah, a fait l’objet d’une adaptation théâtrale au Festival Off d’Avignon en 2008, dans une mise en scène de Gérard Gelas. Dans le rôle de Jbara, Alice Belaïdi (cf. « Sophie et Sophie » – Canal +), a été récompensée d’un Molière de la révélation théâtrale 2010 pour son interprétation. La pièce a été jouée au Théâtre du Petit-Montparnasse au printemps 2009 avant d’être à nouveau jouée au festival Off d’Avignon en 2009. Le spectacle a été présenté en tournée en France, Suisse, Belgique, Luxembourg avant de s’ achevée définitivement en mai 2011. Le livre a remporté le Prix Nice Baie des Anges en 2008. Le roman a depuis été traduit en espagnol, italien et suédois.

 Art-icle expiré par Barbara pour Moodsto©k

 

 

Du même auteur

2009 – Mon père est une femme de ménage
2010 – La Mecque – Phuket
2011 – Héros Anonymes

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