BEAT GENERATION : LE TEMPS DES REBELLES

EXPOSITION

 

“The so-called « Beat Generation » was a whole bunch of people of all different nationalities who came to the conclusion that society sucked”
– Amiri Baraka

 

 

Il était une fois un monde pas très Rock’n roll, sans drogue, et presque sans sexe… Un monde où les garçons à cheveux courts n’embrassaient jamais les filles dès la première fois. Un monde où chacun devait respecter les normes. Et puis un jour émergea une nouvelle culture ; une contre-culture radicalement opposée aux valeurs de la bonne société : la Beat Generation.

Aux États-Unis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et aux premiers jours 
de la Guerre Froide, l’émergence de ce mouvement littéraire et artistique  « scandalisa » l’Amérique puritaine 
et maccarthysme, préfigurant la libération culturelle, sexuelle et le mode de vie de la jeunesse des années 60. D’abord perçus par la culture dominante comme des rebelles subversifs, les beats apparaissent aujourd’hui comme les acteurs d’un mouvement culturel parmi 
les plus importants du 20è siècle, que le Centre Pompidou (Paris) se propose de traverser 
en le replaçant dans un horizon élargi, de New York à Los Angeles, de Paris à Tanger.

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La Beat Generation porte les couleurs de l’Autre Amérique – pas celles du Pentagone, de la NSA,
 de Wall Street et d’Hollywood – et c’est un fait qu’elle n’aurait pu advenir ailleurs…
Elle est née en 1944 de la rencontre de William Burroughs, Allen Ginsberg et Jack Kerouac à la Columbia University et dont les oeuvres littéraires deviendront les bibles de la contre-culture américaine. Elle se constitue alors d’un groupe de quelques centaines de personnes, engagées pour la plupart dans l’avant-garde de la poésie, de la littérature ou des arts; groupe plus connu pour les œuvres
 de ses trois chefs de file : Sur la route de Jack Kerouac, Howl d’Allen Ginsberg et Le Festin nu
de William S. Burroughs. Ces écrivains incarneront par la suite trois décennies de réaction à l’ordre littéraire établi : Kerouac dans les années 1950, Ginsberg dans les années 1960 et Burroughs dans les années 1970. Dès les années 50, le mouvement se déplacera ensuite progressivement sur la côte Ouest, gravitant autour de la librairie de Lawrence Ferlinghetti à San Francisco, avant de connaître une expansion vers l’Europe, le Maghreb et l’Extrême Orient.

« Everything belongs to me because i’m poor »

Décriant le racisme, l’homophobie et les idéologies de la servitude (entre autres), le mouvement défend une nouvelle éthique tribale, l’usage des psychotropes et la pulsion émancipatrice de l’art-action. Il inspirera directement les mouvements de mai 1968, l’opposition à la guerre du Vietnam, ou encore les hippies de Berkeley, de Woodstock et du monde entier. Porté par le jazz des années 1950, le mouvement trouve son salut spirituel dans le Vedanta ainsi que dans les bouddhismes zen et tibétain, témoignant d’un attachement profond aux grands espaces, à la nature et aux spiritualités chamaniques dans lesquelles l’homme est partie intégrante du Cosmos.

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Jack Kerouac, dont le roman Sur la route (1957) reste la pierre angulaire du mouvement, y ajoutera une nuance contemplative : dans « beat »,
 il faut aussi entendre selon lui « béatitude ». C’est pourtant la célèbre lecture par Ginsberg de son poème Howl, qui donnera lieu à un retentissant procès
 pour obscénité et apportera aux poètes beat une célébrité paradoxale. Ginsberg jouera par la suite le rôle de mentor et de gourou de la contre-culture pour toute une génération nouvelle. Il est indéniable que la Beat Generation n’aurait sans doute pas existé sans son inépuisable énergie. C’est grâce à cet activisme notamment qu’il est devenu probablement le poète vivant le plus connu au monde.

L’exposition « Beat Generation » (actuellement au Centre Pompidou) est organisée géographiquement, en suivant comme axe idéal la route analogique tracée par l’immense rouleau tapuscrit de Sur la route (36m), et elle est divisée en trois grandes sections (New York, Californie, Paris) avec deux espaces plus restreints dédiés au Mexique et à Tanger.

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« La Beat Generation, c’est une vision qu’on a eue […] à la fin des années 1940, d’une génération de mecs dans le coup (hipsters), dingues et illuminés s’élevant soudain et parcourant l’Amérique, cinglés, vivant dans la rue, allant d’un endroit à un autre en stop, déguenillés, béats et beaux d’une manière moche, gracieuse, nouvelle – vision inspirée de la façon dont on avait entendu le mot beat employé au coin des rues à Times Square et à Greenwich Village, dans d’autres villes dans la nuit des centres villes de l’Amérique de l’après-guerre – beat, c’est-à-dire dans la dèche, mais remplis d’une intense conviction. »

- Jack Kerouac –
« Aftermath: The Philosophy of the Beat Generation » (1958)

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