ALABAMA MONROE

CINEMA

 

Le meilleur film romantique américain du cinéma belge

Lorsque Blue Valentine rencontre La guerre est déclarée, la douceur et le bluegrass en plus …
Résultat : une fresque poétique à en faire oublier le flamand guttural des acteurs, éblouissants de justesse qui placent le spectateur dans un drôle d’embarras. La fusion est telle que l’on se sent tout nu, mal à l’aise, tant la vie y est représentée dans sa plus pure complétude.
Quatre ans après ses personnages déjantés de « La merditude des choses » (2008), le réalisateur Felix van Groeningen continue d’impressionner avec son cinéma ivre de liberté et d’humanité. « Alabama Monroe » est un drame familial sur fond de musique bluegrass – cette country sautillante des Appalaches bordée de mélancolie – dans une Flandre aux allures de petit coin d’Amérique. Le film ne traite pas seulement de l’amour parental. Il aborde le sujet de l’amour entre deux personnes très différentes et aussi de la perte : comment perd-on l’autre petit à petit alors que c’est exactement la dernière chose que l’on souhaite au monde ? Abordant des thèmes universels – la vie, l’amour, la mort, la religion ou la raison, sans jamais sombrer dans le mélo, grâce notamment au jeu solide des deux acteurs principaux, Johan Heldenbergh et Veerle Baetens, qui interprètent également toutes les chansons. Le film a été tiré d’une pièce de théâtre coécrite par Heldenbergh, lui-même. Acteur fétiche de Felix Van Groeningen (« La merditude des choses », « Steve+Sky »), le comédien a appris à jouer du banjo, de la guitare et de la mandoline pour l’occasion. Depuis le succès de ce long-métrage en Belgique, le groupe « The Broken Circle Breakdown » emmené par  Heldenbergh a sorti un album qui bat des records de ventes et donne des concerts à guichets fermés.

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Didier, gars plutôt posé, bricoleur, fan de musique country et de l’Amérique, vit seul dans une ferme et dort dans une caravane. Un jour, il rencontre Elise, jeune femme au charisme volcanique, furieusement indépendante, par ailleurs tatoueuse professionnelle, dont il tombe éperdument amoureux. Pour elle et leur fille qui va bientôt naître, il accepte de retaper la ferme d’en face. Elise intègre aussi son groupe de Bluegrass « The broken circle breakdown », dont elle devient la chanteuse vedette. Le couple sur scène n’est pas sans rappeler un duo mythique du genre, Johnny Cash et June Carter.


Sur un air de banjo, mon cœur a chaviré, « touchée – effondrée – exaltée »

Un couple bohème où chacun tente de surmonter sa douleur à sa manière. « Traverser un deuil est quelque chose de très personnel », note Johan Heldenberg. « On a beau être en couple, essayer de faire bloc avec l’autre, on est seul ». De la passion amoureuse à celle pour la country, du cancer d’un enfant à la spiritualité, de la fascination pour la mythologie US au dégoût pour l’Amérique bigote et réactionnaire de Bush, « Alabama Monroe » brasse une foule de motifs pour le moins hétéroclites, alternant les époques et les émotions. La musique adoucit les moeurs, mais l’horreur ? Van Groeningen se saisit du destin d’une famille pour l’étudier avec une méticulosité et une densité thématique refusant soigneusement toute raideur clinique. Il dépeint ici avec une sensibilité extrême et une photographie remarquable, une lumière et un ton singuliers, le combat et les errements d’un couple face à la maladie d’un enfant, jusqu’à sa lente désintégration. Il se joue du sordide et de la tragédie pour déborder d’une soif de vivre, de communier, d’aimer, de partager, de se lier à l’autre. Qu’il s’agisse de la passion amoureuse, aussi sensuelle qu’intellectuelle entre Elise et Didier, de l’amitié qui unit le groupe de bluegrass, ou de la relation fusionnelle entre le couple et leur fillette Maybelle, chaque lien humain fait figure ici d’une quasi-épiphanie.

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Grand Prix du public à Berlin, ce mélo douloureux dissèque façon Lelouch la façon dont deux êtres survivent à leur chemin. Une construction surprenante en puzzle et une narration heurtée qui relient avec grâce les fils du destin, et ce par tous les moyens possibles : ellipses, flash-back, flash-forward, scènes musicales, muettes ou hautement dialoguées. Un tour de force réalisé avec une précision chirurgicale, on est à mille lieux du pathos ou de la cuite carabinée, pour préférer l’émotion funambule, une alchimie unique de thèmes et d’airs, et l’ode à la vie, envers et contre tout. Un habile relai du caractère profondément aléatoire de l’existence humaine, faite d’une succession d’accidents et de hasards. Ce qui transcende pourtant véritablement ce film, c’est bien la musique, qui y tient un rôle principal, une country stratosphérique qui sert à merveille l’intensité dramatique. A l’image de ses personnages : nerveuse, sensuelle, attirante, passionnée … elle donne presque trop de coups de coudes pour que l’on puisse chouiner tranquille. Mise en scène consciencieuse et parfaitement dosée. Tout est juste, rien n’est fabriqué. Grand huit émotionnel, bientôt culte ce film, sans conteste.
Enfin, il n’y a qu’à suivre les critiques mitigées de la profession en France, et son armée de culs-serrés pas très fair play, pour saisir l’ampleur du phénomène provoqué par ce film flamand.  Encore un bijou made in Belgique … Bien plus qu’un équilibre, on tient là un miracle en marche qui enchante, broie, émerveille, terrasse, laissant le spectateur recoudre son cœur discrètement dans le noir. Un saisissant melting heart. Un ovni, ce film … On en ressort hagard, les yeux rougis, comme dépositaire d’un précieux fragment de vie auquel on tient absolument à trouver un abris. Ce film trouvera certainement le chemin de vos sentiments les plus nobles, la chose est assez rare dans le paysage cinématographique actuel pour être signalée. Un ciné-génie qui nous rend ce queAlabamaMonroe-2 nous sommes.  Quel joyau !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Art-icle expiré par Barbara pour Moodsto©k
http://alabamamonroe-lefilm.com/