AINSI PARLAIT ZARATHOUSTRA – NIETZSCHE

LITTERATURE

 

 » Vouloir Libère (…) Deviens celui que tu es  »
– Nietzsche

 

Ainsi parlait Zarathoustra est une oeuvre philosophique magistrale qui a bouleversé la pensée de l’Occident. « Nietzsche démolit, il sape », disait Gide. Il remet définitivement l’homme en question. Poète-prophète, Zarathoustra se retire dans la montagne et revient parmi les hommes pour leur parler. Sa leçon essentielle : « Vouloir libère ». Son leitmotiv : rejeter ce qui n’est pas voulu, conquis comme tel, tout ce qui est subi. C’est le sens du fameux : « Deviens celui que tu es ». La pensée de Nietzsche est un défi permanent. Elle échappe à tout système de politique. L’idée d’éternel retour e, jalonne son récit, figurée par une succession de départs et de retours, de déceptions et de régénérations, en formulations denses, compactes, si justes qu’elles en sont impénétrables et lumineuses à la fois.

Philosophe comme personne, il ne peut pour cette raison rien emprunter à la philosophie de son temps, figée dans une langue épaisse dont il ne cesse de combattre la lourdeur. Le lyrisme de Zarathoustra est la marque de la violence de cette insurrection contre tout cet édifice momifié et gelé de la pensée occidentale de son temps. Il a été le premier à voir ceci, à voir que Dieu était mort, qu’il n’était plus là-haut dans les cieux. Ceci signifie que Nietzsche a vu, clairement, ce que beaucoup de gens ne semblent même pas voir aujourd’hui, cent ans après. Une initiation à l’âge post-chrétien.

Zarathoustra est le nom avestique de Zoroastre, prophète et fondateur de la foi primitive zoroastrienne, née en Iran actuelle plusieurs millénaires avant notre ère. Nietzsche l’a choisi car il fut le premier à enseigner la doctrine morale des deux principes du bien et du mal. Pourtant, dans cet ouvrage, la figure de Zarathoustra est simplement un porte-parole pour les propres idées de Nietzsche. Il n’y a pas de connexion entre ces idées et le Zoroastrisme historique. Véritable pensée d’affranchissement. Nietzsche ne mène personne nulle part, c’est ce qu’on a nommé son nihilisme, et un sous-titre qui en dit long : « Un livre pour tous et pour personne », à travers lequel Nietzsche d’avance, se récusait de tous ceux qui se réclamaient de lui.

Et c’est peut-être là l’aspect le plus « actuel » de ce livre : cet effort pour retrouver en l’homme l’accès à lui-même, non pas quelque chose qui le dépasse, mais par quoi il se dépasse et là, éternellement le réprouve. « En vérité moi aussi j’ai appris à attendre et l’ai appris de fond en comble – mais je n’ai appris à attendre que moi » – Nietzsche. Un propos audacieux aussi lorsqu’il déclara : « J’ai donné à l’humanité le livre le plus profond qu’elle possède». Une œuvre qui reste néanmoins toujours aussi neuve, actuelle et universelle…interdisant la pensée tout repos. Magnifique et déroutant poème, ce texte est à l’image de cette formule du Prologue: «Il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante » ou encore « ne te fais aucune illusion, mais sois heureux quand même ».

Du même auteur

Nietszchz

 

La Naissance de la tragédie (1871), Humain, trop humain (1878-1879), Le voyageur et son ombre (1879), Le Gai Savoir (1882), Ainsi parlait Zarathoustra (1883), La Volonté de Puissance (1884), Par delà le bien et le mal (1886), La Généalogie de la morale (1887), Le crépuscule des Idoles (1888), l’Antéchrist (1888), Ecce homo (1888).

 

Art-icle expiré par Barbara pour Moodsto©k

 

 

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Morceaux choisis

 

« J’aimerais prodiguer et distribuer, jusqu’à ce que les sages parmi les hommes, à nouveau, se réjouissent de leur folie et que les pauvres soient heureux de leur richesse »

« Et Zarathoustra parla ainsi à la foule : le moment est venu que l’homme se fixe son but. Le moment est venu pour l’homme de planter le germe de son espoir le plus haut »

« Je vous le dis : il faut encore porter du chaos en soi pour pouvoir donner naissance à une étoile dansante. Je vous le dis : vous portez encore du chaos en vous »

« Des compagnons, voilà ce que cherche le créateur, qui puissent moissonner avec lui, car chez lui, tout est prêt pour la récolte. Mais ce sont les cent faucilles qui lui manquent : aussi doit-il arracher les épis à poignées et il s’en irrite »

« Celui qu’entoure la flamme de la jalousie, celui-là en fin de compte, pareil au scorpion, tourne contre lui-même son dard empoisonné »

« Mais la pensée est une chose et l’action en est une autre, et une autre encore l’image de l’action. Entre elles ne passe pas la roue de la causalité »

« Et à moi aussi qui aime ce qui vit, il me semble que les papillons ou les bulles de savon et les êtres humains qui leur ressemblent sont ceux qui en savent le plus du bonheur »

« Je me transforme trop vite : mon aujourd’hui réfute mon hier. Souvent je saute les marches quand je monte, – pas une marche ne me le pardonne »

« C’est à l’écart du marché et de la gloire que se passe tout ce qui est grand : c’est à l’écart de la place du marché et de la gloire qu’ont, de tout temps habité les inventeurs de valeurs nouvelles »

« Le plaisir du troupeau est plus ancien que le plaisir du moi : et aussi longtemps que la bonne conscience se nommera troupeau, seule la mauvaise conscience dira : Moi. »

« Il existe mille chemins qui n’ont encore jamais été empruntés, mille santés, mille îles secrètes de la vie »

« Veillez et écoutez, vous les solitaires ! Il vient de l’avenir des souffles de vent aux secrets battements d’ailes et, pour qui a l’ouïe fine, il y a de bonnes nouvelles »

« Vous, les solitaires d’aujourd’hui, vous qui vous retirez à l’écart, vous serez un peuple un jour : de vous qui vous êtes vous-mêmes élus, naîtra un peuple élu, – et de lui naîtra le surhumain »

« En vérité, c’est un lieu de guérison que doit devenir la terre ! Déjà une nouvelle odeur l’entoure, une odeur salutaire, – et un espoir nouveau !» 

« Même dans l’accès de la connaissance, je sens le plaisir qu’a ma volonté d’engendrer et de devenir ; et s’il y a de l’innocence dans mon accès à la connaissance, alors c’est parce qu’en elle il y a de la volonté d’engendrer »

« Ce n’est pas autour des inventeurs de bruit nouveaux : c’est autour des inventeurs de valeurs nouvelles que le monde tourne ; il tourne silencieusement »

« En vérité, bien des choses qui vous sont propres sont lourdes à porter ! Et beaucoup de ce qui est intérieur à l’homme est pareil à l’huître, à savoir répugnant et gluant et difficile à attraper »

« Et que soit perdue la journée où l’on n’ait pas dansé une seule fois ! (…) Et que soit fausse pour nous chaque vérité de laquelle il n’y ait pas eu au moins un éclat de rire »

« J’ai toujours trouvé les mal-unis les plus assoiffés de vengeance : ils s’en prennent au monde entier de ne plus pouvoir courir seuls »

«  Mieux vaut vivre parmi les ermites et les chevriers qu’avec notre populace dorée, fausse et fardée, – même si elle s’intitule elle-même « bonne société ».

« C’est moi Zarathoustra, l’impie, le sans-dieu qui dit : « Qui est encore plus sans-dieu que moi, que je me réjouisse de son enseignement ? »

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